De la dépossession à la prise de conscience. Les sept tendances de 2020 (2/2) | ANTIPRESSE

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Suite de notre lecture libre et subjective des signaux laissés par l’année 2019 et des tendances globales qu’on peut en déduire. La mise à nu des rapports de force sociaux et internationaux qui s’annonce n’aura-t-elle pas pour contrepartie la création de nouvelles alliances?

© Transhumanity.net

TENDANCE 4. LE RÈGNE DES MACHINES

Parlons-nous de l’avènement des machines ou de la machinisation de l’homme? Des deux, mon général, mais la deuxième tendance est moins commentée. Pendant que les médias de grand chemin s’extasient sur le moindre progrès de l’intelligence artificielle — elle a vaincu même le champion du monde de go, rendez-vous compte! — la vie et le travail humains sont de plus en plus soumis à une régulation informatique et désincarnée. C’est ce que j’ai décrit comme «Le (tout) grand remplacement». Sur la feuille de route de la marchandisation de l’homme figure en haute priorité la disruption de son processus de reproduction. Demain par l’utérus artificiel, aujourd’hui par l’utérus de location, première intrusion concrète de l’ultralibéralisme dans le sanctuaire du vivant. La GPA/PMA bénéficie d’une promotion appuyée dans les médias et les institutions, accompagnée du muselage des opposants. Ainsi est-on allé en 2019 jusqu’à censurer une conférence de Sylviane Agacinski, l’une des voix les mieux articulées d’opposition au «grand marché procréatif mondial».

A la lumière de cette évolution, on finira par comprendre que la promotion des sexualités diversitaires (LGBTQZRXetc.) était elle-même, en partie, une campagne de marketing d’un nouvel esclavage où la liberté des mœurs n’était qu’un appât(1). Au bout du programme: la mise en batterie de l’élevage humain.

C’est la «face cachée» de l’idéologie transhumaniste, aboutissement logique du technocapitalisme. A l’attention de l’élite, la promesse claironnée d’un humain augmenté par la technologie. Pour la masse, le projet discret d’une humanité dégradée — demain par la génétique, aujourd’hui par la «fabrique du crétin» que devient l’école — au stade adéquat pour la fonction qu’on lui destine.

L’année 2020 verra, malgré les mises en garde scientifiques et les oppositions locales, la généralisation de la 5G, support de l’«Internet of Things», qui devrait accélérer considérablement la mise sous tutelle de l’humain par la «vile poussière intelligente» des nanotechnologies (voir «Les dernières prophéties de Julian Assange», Antipresse 149).

TENDANCE 5. LA NORMALISATION DE LA GUERRE

On la sentait venir depuis longtemps, mais les premiers événements de 2020 nous plongent carrément dans le bain. Au lendemain de l’assassinat du général Soleimani, le directeur de l’influent Council on Foreign Relations américain, RIchard N. Haass, annonçait la couleur:

«Ne vous y trompez pas: une guerre avec l’Iran ne ressemblera pas aux guerres du Golfe en 1990 ou à l’Iraq en 2003. Elle sera livrée dans toute la région avec une vaste palette d’armes et contre une large palette de cibles civiles, économiques et militaires. La région (et peut-être le monde) en sera le champ de bataille.»

Le monde comme champ de bataille! Sans diaboliser une partie en jeu, il est indiscutable que cette dérive a un protagoniste principal. Hier encore hégémoniques, les Etats-Unis sont un empire sur la défensive qui ne se fie plus qu’à l’usage de la force et à l’intimidation. Ils en ont fait la preuve cet automne en fomentant de nouvelles déstabilisations en Europe de l’Est (en favorisant le schisme entre Eglises orthodoxes (2)), en décembre en entravant la pose du gazoduc russo-européen Nordstream 2, et ces derniers jours en s’attaquant inconsidérément au guêpier moyen-oriental. En arrière-plan de ces coups apparemment erratiques, une lutte désespérée pour la maîtrise des voies énergétiques, en particulier du gaz.(3)

Et ce n’est que le commencement. La guerre universelle et permanente est la dernière carte d’un empire entièrement dominé par son complexe militaro-industriel et à l’idéologie violente qu’il diffuse, y compris au travers de ses productions culturelles. Jusqu’où ses satellites poltrons garderont-ils le silence en regardant ailleurs? Sans doute jusqu’à ce que la guerre frappe à leurs portes.

Or en réalité, la guerre est déjà dans la place. La France, par exemple, se trouve depuis plusieurs années en état d’urgence permanent et depuis novembre 2018 en situation de guerre civile de basse intensité. Partout dans le monde développé, les tensions de classes insurmontables, ajoutées au «conflit de civilisations» importé par la migration forcée, créent des situations propices à des développements semblables, potentiellement attisés de l’extérieur. La menace de troubles civils, jusqu’ici tacite, est désormais explicitement utilisée comme levier politique par les USA.

TENDANCE 6. INFORMATION, LE RETOUR AU RÉEL

La mise à nu des rapports de force sur la scène internationale et intérieure a un avantage: le dégrisement de l’opinion publique. Le perlimpinpin médiatique ne passe plus — du coup l’on recourt à la répression directe, à peine voilée par des organisations prétextes («Sleeping Giants», voir leur déshabillage par Arnaud Dotézac dans l’Antipresse 214). En UE, en 2019, les plateformes internet russes RT/Sputnik ont fini par atteindre une influence stratégique, suscitant des réflexes de censure qui foulent aux pieds la liberté d’expression.

Parallèlement à ces tentatives de jugulation de l’internet, l’on assiste à un développement des «altermédias» ainsi qu’à une transformation des médias institutionnels. Quelle que soit la technologie ou la plateforme, 2020 sera une année clef pour les systèmes d’information. Tant qu’il restera un soupçon d’espace pour respirer, de nouvelles sources viendront combler les lacunes criantes des médias de grand chemin en matière d’information et de débat.

Après les «grands sujets» et la politique internationale, on voit en effet aujourd’hui que même les faits d’intérêt local — qu’il s’agisse des voitures qui brûlent à Strasbourg ou des enfants qu’on arrache à leurs familles en Suisse — font l’objet d’un filtrage sévère. L’avenir n’est pas à la «réinformation», mais à la vraie information, ancrée dans le réel, apolitique, animée par le sens commun et mue par une vision élargie des causes et des effets. La réinformation, antimatière d’une information idéologiquement calibrée, était une révérence inutilement adressée aux médias de référence. La vraie information va se découpler du «mainstream» en le laissant tricoter son monde parallèle.

TENDANCE 7. PRISES DE CONSCIENCE

Depuis 2019, le terme proscrit de Deep State (Etat profond) a pignon sur rue. Ce concept dramatique ne recouvre rien d’autre que l’aspiration de l’aristocratie d’argent et de sang (les féodalités familiales et népotiques) à s’affranchir de toute contrainte démocratique et légale. Le Deep State, à ce titre, se manifeste partout et jusqu’en Suisse à travers le lobby des pharma, des assurances et des banques, capable de bloquer ou d’anesthésier n’importe quelle décision du peuple souverain.

La différence est que tout est désormais sur la table. Ni les partis politiques, ni les Etats ni les institutions, ni les Eglises ne remplissent plus les fonctions pour lesquelles ils ont été créés, cela crève les yeux. Ce ne seront plus que des coquilles vides. Pour recréer des verticales de représentation, les communautés sont poussées à inventer de nouvelles alliances horizontales, comme elles le font par exemple en France dans le sillage des gilets jaunes.

L’effondrement des structures établies se traduira également à l’échelle individuelle par une maturation accélérée des pensionnaires du «Grand Hospice occidental», qui nous a ces dernières décennies soumis à un vaste programme de régression. Nous ne pourrons plus nous payer le luxe de l’infantilisme.

NOTE
  1. La revendication par ces nouvelles sexualités de l’égalité de droits en matière de reproduction est le cheval de Troie de la mainmise technologique sur un processus jusqu’ici naturel.
  2. En Ukraine et et au Monténégro. Dans le collimateur, selon les observateurs avisés: la nouvelle alliance du gaz qui risque de marginaliser les USA sur le marché de l’énergie. Ceci — énergie et orthodoxie — est un chapitre étrangement important que nous traiterons bientôt.
  3. Comme par hasard, les turbulences géopolitiques frappent pratiquement toujours des pays du FPEG, de la Russie à l’Algérie.
  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps» de l’Antipresse n° 215 du 12/01/2020.

Source : De la dépossession à la prise de conscience. Les sept tendances de 2020 (2/2) | ANTIPRESSE

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