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ÉCHO DE PRESSE

Afghanistan, 1842 : la plus grande défaite de l’Empire britannique

le 30/07/2018 par Pierre Ancery – modifié le 10/01/2020

« Le dernier combat du 44e régiment à Gandamak », tableau de William Barnes Wollen, 1898 – source WikiCommons

La première guerre anglo-afghane s’est conclue par le massacre des soldats et des civils britanniques obligés de fuir Kaboul. Un seul Anglais parvint à survivre.

C’est peut-être la défaite la plus humiliante de toute l’histoire de l’armée britannique – même si le terme de massacre serait plus exact.

Tout commence en 1839. En Asie centrale, le Grand Jeu fait rage. Cette lutte feutrée qui oppose Anglais et Russes dans la région vient de connaître un tournant lorsque les premiers se sont emparés des villes de Samarcande et de Boukhara (dans l’actuel Ouzbékistan).

Inquiets de la poussée russe, les Britanniques, déjà solidement implantés en Inde, décident de s’emparer de l’Afghanistan, cette contrée rude et montagneuse qui sépare leur empire des territoires conquis par leurs ennemis.

Pour ce faire, ils s’allient avec le souverain afghan exilé Shah Shujah, lui offrant un soutien financier et militaire pour reprendre le trône à Dost Mohammad Khan, alors au pouvoir. C’est chose faite en 1839 : les Anglais s’installent à Kaboul. À leur tête, le diplomate Sir William Hay Macnaghten et l’explorateur Alexander Burnes, un vétéran du Grand Jeu. Pendant deux ans, quelque 12 000 civils anglais vont vivre dans la capitale afghane.

Kaboul, estampe issue de la mission Pauquier, 1885 – source Gallica BnF

Mais les Afghans sont peu nombreux à soutenir Shah Sujah. En novembre 1841, ils se soulèvent, massacrant Burnes et sa suite à Kaboul. Les troupes britanniques, dépassées, se réfugient avec les civils dans une citadelle en-dehors de la ville. Macnaghten est tué alors qu’il tentait de négocier.

Le 6 janvier 1842, les Anglais décident de battre en retraite.

Commence alors une interminable débâcle dans le froid terrible de l’hiver afghan. Les Anglais (12 000 civils et 4 500 soldats, essentiellement des cipayes, les troupes indigènes de la Compagnie des Indes) tentent de se frayer un chemin jusqu’à Jalalabad, 150 km plus à l’est. Il s’agit de la première ville au pied de la passe de Khyber, qui constitue un corridor naturel entre les Indes et l’Asie centrale.

Le 7 février, Le Journal des débats rapporte les premières nouvelles, inquiétantes pour les Anglais, de la situation :

« Les nouvelles de l’Afghanistan sont très importantes, et en même temps très fâcheuses pour l’Angleterre […]. Ces nouvelles, que nous recevons aujourd’hui, nous apprennent que la révolte a éclaté jusque dans la ville royale de Caboul, que les officiers anglais y ont été assassinés dans leurs maisons et aux portes du palais du Shah, que divers détachements, et même un régiment tout entier, ont été passés au fil de l’épée. »

« Nouvelles désastreuses de l’Inde », titre La Quotidienne du 13 mars 1842, qui relate les événements d’Afghanistan. Le journal commence par rapporter le sort de Sir Macnaghten :

« La tête de sir William McNaghten a été coupée ; ou lui a mis dans la bouche une partie de son corps mutilé et sur le nez les lunettes vertes qu’il portait habituellement, on l’a ainsi promenée au bout d’une pique dans les rues de Caboul. »

Le quotidien ajoute :

« La plus grande incertitude règne sur le sort des troupes qui étaient restées dans cette partie de l’Afghanistan. D’après les rapports de quelques marchands arrivés à Bombay, il est à craindre qu’elles ne soient entièrement détruites. D’autres croient qu’une partie a réussi à se frayer un chemin jusqu’à Jellalabad ; mais cela est peu probable […].

La mauvaise saison, des routes presque impraticables, et l’interruption des communications par des forces bien supérieures, mettaient le général Sales dans l’impossibilité de secourir ce qui peut rester de l’armée de Caboul […].

Ce qu’il y a de certain, c’est que les habitants ont juré sur le Coran qu’ils n’accorderaient ni paix ni trêve aux Anglais, et que jamais ils ne reconnaîtraient Shah-Soojah pour leur souverain. »

La réalité est fidèle aux prévisions les plus pessimistes de la presse européenne : confrontés aux attaques incessantes des guerriers de Wazir Akbar Khan, le fils de Dost Mohammad Khan, soldats et civils anglais ont été impitoyablement exterminés dans les montagnes.

Le 13 janvier au matin, 45 soldats et 20 officiers survivants ont été encerclés en haut de la colline de Gandamak. Tous sont tués, à l’exception de deux ou trois soldats capturés et de six officiers qui s’échappent à cheval.

Des 16 500 Britanniques partis de Kaboul, il n’en survivra qu’un seul : le docteur William Brydon, qui parvient à atteindre Jalalabad à cheval. Son récit va horrifier les gradés britanniques présents dans la ville. Une lettre de lui racontant son périple est publiée par Le Moniteur universel le 10 avril :

« Arrivé à une certaine distance, j’aperçus une masse d’individus qui couraient sur moi, dans toutes les directions. Aussitôt je mis mon cheval au galop et je fis 2 milles sous une grêle de pierres et de balles. Une pierre brisa mon épée, mon cheval fut blessé, un cavalier vint m’attaquer, et comme je n’avais rien pour me défendre, il me blessa au genou et à la main gauche.

 

Je descendis de cheval, il s’enfuit au galop, croyant sans doute que je cherchais un pistolet. J’arrivai ici à une heure, à moitié mort; mon cheval ne pouvait plus remuer les jambes de derrière, il mourut deux jours après. »

« Remnants of an Army » : William Brydon arrivant aux portes de Jalalabad, tableau d’Elizabeth Butler, 1879 – source WikiCommons

La nouvelle de la défaite provoquera un véritable traumatisme en Angleterre, qui n’avait pas connu semblable humiliation depuis des décennies. La presse française, jamais avare d’humanisme lorsqu’il s’agit de critiquer l’impérialisme anglais, commentera :

« Les revers qu’éprouvent les Anglais dans l’Inde, revers que nous déplorons sincèrement au point de vue de l’humanité, auront du moins cet avantage de faire compter pour quelque chose les droits des peuples, et de donner à l’insatiable ambition de la politique anglaise une salutaire leçon […].

Nous n’entendons pas blâmer le langage, que tiennent les feuilles anglaises. Tout ce que nous avons voulu démontrer, c’est qu’il n’y a pour la nation comme pour le gouvernement britannique, qu’une seule politique, celle de l’intérêt. »

Les généraux britanniques lanceront la seconde guerre anglo-afghane en représailles. Elle se conclura en octobre 1842 par la prise de Kaboul et l’incendie de son bazar. Mais cette fois, les Anglais préféreront quitter l’Afghanistan et laisser Dost Mohammed régner. Il le fera jusqu’à sa mort, en 1863.

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L’Empire britannique
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Source : Afghanistan, 1842 : la plus grande défaite de l’Empire britannique | RetroNews – Le site de presse de la BnF

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