Le travail détaché en quelques lignes | La plume d’un enfant du siècle

Le travail détaché en quelques lignes

Voilà plus d’un an que la France est le théâtre de mouvements sociaux que l’on croyait condamnés aux livres d’histoire. En effet, depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, rien ne semblait pouvoir freiner sa marche néolibérale et autoritaire – avec la réforme du statut de cheminots comme symbole de cette toute puissance. Pourtant, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes (même si, logiquement avec sa longévité, il tend à s’essouffler) et le lancement de la grève illimitée contre la réforme des retraites sont venus rappeler avec force à quel point la base sociale de ce pouvoir était minime. S’il serait présomptueux de dire que ces deux éléments ont fait reculer le monarque présidentiel, il est évident qu’ils ont enfoncé un coin dans l’impression de toute puissance du locataire de l’Elysée.

Ce qui, disons les choses clairement, est assez surprenant dans les deux mobilisations réside principalement dans l’absence de griefs à l’égard de l’Union Européenne ou plus largement d’un système néolibéral globalisé – ce qui en dit long sur l’exploit réalisé par Emmanuel Macron, celui de concentrer tous les griefs. Placé au cœur des revendications, la question du pouvoir d’achat est pourtant intimement liée à bien des prérogatives de l’UE si bien que ne pas en parler du tout revient, me semble-t-il, à passer à côté de tout un pan du problème. Parmi ces diverses prérogatives directement liées à la question du pouvoir d’achat, la question du travail détaché n’est pas la moindre.

La concurrence de tous contre chacun

Malgré les rodomontades quelques peu ridicules du successeur de François Hollande, aucun aménagement substantiel n’a vu le jour relativement à la directive concernant le travail détaché. Aussi la concurrence exacerbée induite par ladite directive est-elle toujours présente. En permettant de rémunérer des travailleurs d’autres pays de l’UE venant travailler en France (ou ailleurs) en s’acquittant des mêmes cotisations sociales que dans leur pays d’origine revient effectivement à favoriser le dumping social et la concurrence des pays de l’union entre eux. Dans cette course au moins-disant social, les perdants sont toujours les mêmes et ils ne sont pas à chercher du côté du grand patronat.

Ce que nous avons vu progressivement se mettre en place n’est finalement rien de plus que l’actualisation du vieux principe d’armée de réserve du capitalisme théorisé par Marx en son temps. Si celle-ci était principalement nationale à son époque, elle est désormais internationalisée. Il y a bien entendu la question des délocalisations qui entre en ligne de compte tant celles-ci sont l’application pure et simple de ce principe (qui postule que si le travailleur occidental ne veut pas travailler pour un salaire qu’il juge dérisoire, un asiatique ou un africain le fera pour dix fois moins) mais avec la question du travail détaché, la concurrence des travailleurs entre eux touchent désormais les postes non délocalisables.

Ne pas se tromper de cible

Dans l’atmosphère défiante, xénophobe et parfois belliqueuse qui a actuellement cours, il serait très facile de jeter l’opprobre sur le travailleur détaché. On ne compte d’ailleurs plus les responsables politiques – parfois même ceux supposément de gauche – qui reprennent à leur compte l’argumentaire sur le travailleur étranger qui viendrait voler le pain des Français. Cette logique mortifère ne peut qu’aboutir à l’accroissement des tensions et déboucher sur des drames. En d’autres termes, tenir cette position revient à substituer la concurrence entre les peuples à celle du tous contre chacun. C’est précisément la mâchoire d’airain que nous devons refuser à tout prix : l’extrême-droite d’un côté, l’extrême-marché de l’autre, ces deux pôles qui se nourrissent mutuellement.

En réalité, le problème – et la précision est importante – n’est pas le travailleur détaché mais le travail détaché. Ce qui doit nous importer ce n’est pas de fustiger les pauvres hères qui essayent d’avoir une vie un peu meilleure (ou moins pire si l’on me passe l’expression) mais ceux qui génèrent les conditions d’une telle concurrence. C’est tout l’enjeu du nouvel internationalisme à construire. Le travailleur détaché n’est pas l’ennemi, il est une victime d’un système inique qui nous met tous en concurrence. Aujourd’hui plus que jamais il est grand temps de sortir de ces impasses et de défendre coûte que coûte la vision globale contre les rabougrissements nationaux. A l’heure du capitalisme mondialisé c’est le seul chemin de crête qui peut nous permettre de construire un monde plus juste et fraternel.

Crédits photo: Actualités du droit

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