Juan Branco et Rémi Lefebvre – Que faire face à Macron? – Ze Rhubarbe Blog

Juan Branco et Rémi Lefebvre – Que faire face à Macron?

Mardi soir, Université de Lille: les associations « Le vent se lève » et « Les amis du monde diplo » invitaient Juan Branco et Rémi Lefebvre pour un débat sur la question: Face à Macron, que faire?

L’auditoire de 500 places n’est pas complètement rempli du fait, sans doute, qu’il se tient au même moment, et à quelques salles de là, une AG des étudiants pour l’organisation d’actions sur le sujet chaud du moment, la précarité estudiantine. Plusieurs dizaines de ces étudiants rejoindront la conférence plus tard.

Cette concomitance, à quelques jours de la grande manifestation du 5 décembre sur la question (entre autres) des retraites et juste après le premier « anniversaire » du mouvement des Gilets Jaunes, illustre la réalité de la protestation sociale en France aujourd’hui, mais que faire de tout ceci, comment la traduire en un mouvement politique susceptible de prendre la barre du paquebot France pour l’orienter vers autre chose que le nihilisme néolibéral mafieux et autoritaire incarné par Emmanuel Macron?

Ce sera tout le sujet du débat, scindé en deux grandes questions: d’abord comment le macronisme est-il arrivé au pouvoir et qu’incarne t’il aujourd’hui, ensuite comment s’y prendre pour que « la gauche » redevienne une alternative de gouvernement qui soit crédible face au duo infernal Macron – Le Pen?

Juan Branco n’est plus à présenter, ce blog lui ayant d’ailleurs consacré quelques pages (1). Rémi Lefebvre est professeur en sciences politiques à Lille (2), là où se tient cette conférence. Militant politique au PS de longue date avant de rejoindre la périphérie de la France Insoumise, il est évidemment sur la même ligne générale que Branco mais avec le regard analytique de l’universitaire inscrit dans le temps long.

Le contexte du macronisme.

La question du « comment en est-on arrivé là? » relève, pour Lefebvre, d’un alignement favorable des planètes: déconfiture de la droite avec l’affaire Fillon, déconfiture de la gauche suite à la nomination de Hamon (trop) à gauche, et adroit(e) opportunisme de Macron s’étant attiré le regard favorable d’une bonne partie de la bourgeoisie française, de droite comme de gauche, par son action en tant que ministre de l’économie sous Hollande. Il estime que la victoire de Macron n’était pas acquise d’avance et que les médias n’ont en réalité eu que peu d’influence sur les choix de vote. Il s’en est en effet fallu de peu que Mélenchon passe au 1er tour plutôt que Le Pen, auquel cas Macron aurait sans doute perdu au second tour face au leader de la France Insoumise.

Macron aurait certainement perdu face à Fillon, détruit à point nommé par l’affaire des costards qui illustre justement, pour Branco, le fait que la victoire de Macron relève bien plus de la puissance de l’oligarchie régnante: la dizaine de grands patrons qui détiennent la majeure partie des médias français, associés aux classes bourgeoises et technocratiques ayant compris que Macron ne voulait que leur bien grâce, par exemple, à l’arnaque du CICE (3). Tout ceci est déjà décrit dans le livre Crépuscule de Branco, dont il fit hier soir une synthèse efficace pour ceux et celles qui ne l’auraient pas lu.

C’est là où se situe la différence centrale entre nos deux conférenciers: Lefebvre installe la victoire de Macron dans un contexte très particulier et ne voit en Macron guère autre chose que la continuité d’une ouverture néolibérale autoritaire déjà entamée par Sarkozy puis par Hollande et ses lieutenants Manuel Valls et… Emmanuel Macron. Continuité qui aurait également eu lieu sous Fillon s’il avait été élu et qui pourrait très bien avoir lieu demain sous Le Pen, qui fait tout pour accorder son discours à cette même logique, rejetant désormais toute idée de sortie de l’Euro ou de l’UE (et sacrifiant au passage son stratège Laurent Philippot défendant la ligne protectionniste et anti-Europe) afin de ne plus effrayer ces fameuses classes bourgeoises et technocratiques.

Face à Macron, que faire?

Ensuite vint la question centrale du « Que faire? » et là également une même vision globale se voit déclinée en deux analyses et approches politiques différentes. Rémi Lefebvre en appelle à la reconstruction d’une gauche crédible (et surtout pas une nouvelle « salade de sigles ») basée sur une analyse sociologique du « peuple » français: qu’on le veuille ou non la société française est constituée d’un ensemble de classes, chacune ayant des intérêts différents, et pour former une possible majorité il faut a minima que cette nouvelle gauche agglomère les classes dites populaires, moyennes et défavorisées (ou « des quartiers » que l’on associe aujourd’hui au communautarisme).

Il faudrait trouver une espèce de dénominateur commun permettant de regrouper ces trois grands groupes au sein d’une mouvance politique capable de renverser Macron, Le Pen & Cie. Rémi Lefebvre justifie en cela la participation de Jean-Luc Mélenchon à la marche contre l’islamophobie du 10 novembre comme une main tendue à cette classe dite défavorisée.

Juan Branco a un autre point de vue, et la critique qu’il fait des ambiguïtés d’une gauche cherchant à plaire à des groupes ne partageant plus guère de valeurs communes rejoint, il me semble, celle faite dans « La guerre des gauches » (4): on ne peut pas espérer être crédible en tant qu’alternative de gouvernement en faisant du marketing politique opportuniste.

Pour Branco, et là je suis entièrement d’accord avec lui, il faut décider ce à quoi l’on croit, bien sûr être capable de le justifier, puis décrire le système de gouvernance qui permettrait de mettre tout cela en oeuvre. C’est ce que tenta Mélenchon en 2017 et qui manqua de peu de réussir. C’est cette capacité à expliquer le « comment », au-delà de la simple recherche de slogans et de postures collant à l’humeur du moment, qui fait la différence entre une option politique crédible et le simple folklore.

Il estime ridicule, par exemple, la proposition de François Ruffin pour un « front populaire écologiste » car cela ne signifie rien. Par contre il reconnait que Yannick Jadot, lui, a bien compris cela et cherche à aligner les Verts sur une ligne Macron – compatible susceptible de séduire cette partie de la population qui s’accommode de la poussée néolibérale (peu touchée par l’insécurité matérielle ni franchement Gilets jaunes) mais consciente de la prééminence à donner à l’écologie en ces temps de collapsologie généralisée.

La conférence continua sous forme de questions – réponses avec la salle, où l’on retrouva les traditionnels preneurs de parole qui en profitent pour écouler leurs propres points de vue à un public n’en demandant pas tant. Puis les étudiants de l’AG d’à côté firent irruption dans la salle et la conférence se termina peu après sur un appel général à une manif sauvage puis un pot au café.

Liens et sources:

(1)

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9mi_Lefebvre

(3) https://www.msn.com/fr-fr/video/actualite/video-cash-investigation-cice-un-cadeau-fiscal-c3-a0-100-milliards-d-e2-80-99euros/vi-BBWWEAS

(4)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis

Source : Juan Branco et Rémi Lefebvre – Que faire face à Macron? – Ze Rhubarbe Blog

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