Néolibéralisme: quelques notes | Eleutério Prado | Nouvelle résistance

Néolibéralisme: quelques notes | Eleutério Prado

Par Eleutério Prado (tiré du livre  Desmedida da Valor – pp. 132-137 )

Pour le libéralisme classique, l’État doit être économiquement passif. pour le libéralisme social, il doit réglementer activement l’activité économique; pour le néolibéralisme, il doit s’agir d’un agent économique activement passif. Selon les mots de Louis Baudin, auteur de ce courant de pensée, « l’Etat doit être un souverain qui prépare sa propre abdication » (apud HUGON, 1972, p. 152). Ce doit donc être un État qui crée activement les conditions de l’accumulation de capital, qui protège les monopoles des crises économiques, affaiblit le pouvoir des syndicats de travailleurs salariés, supprime les travailleurs de la sécurité sociale, privatise les entreprises publiques, qui transforme l’offre de biens publics (tels que les routes, les ports, etc.) en services commerciaux, ce qui non seulement augmente,

Le néolibéralisme n’est pas compris s’il est compris comme un renversement du libéralisme classique – ou comme un renouveau de ce dernier. Car dans cette dernière doctrine, l’État ne peut jamais apparaître en tant qu’agent économique. Or, sous la couverture idéologique du libéralisme social et face aux besoins historiques concrets posés par le développement du mode de production capitaliste, l’État a fini par assumer directement des fonctions économiques complémentaires à celles des entreprises privées. Il a lui-même, par exemple, créé des banques d’investissement et s’est ainsi associé au capital privé. Il est devenu lui-même propriétaire d’une entreprise, prenant en charge la production dans des secteurs de base ou stratégiques afin de compléter la structure industrielle des nations. Il a commencé à réglementer les flux de monnaie et de crédit via les banques centrales.

Le néolibéralisme n’est pas la doctrine de l’état minimal [1]. Cela n’exempte pas l’État des activités de complémentation économique. Au contraire, pour lui, l’État doit combler activement les lacunes du réseau productif et financier, mais il ne doit pas le faire par l’intermédiaire de ses propres entreprises, mais en attribuant des activités économiques complémentaires par le biais de contrats de gestion à des entreprises privées. Toutefois, lorsque cela n’est pas possible, comme dans le cas de la gestion monétaire, le néolibéralisme prône une privatisation fonctionnelle (c’est-à-dire une gestion confiée à une élite technocratique qui agit dans la sphère publique, en fait comme préfet du secteur). privé). Avec le néolibéralisme, l’Etat s’engage directement dans la reprise et le maintien du taux de profit à un niveau approprié pour la continuité du capitalisme.

Le néolibéralisme – a été dit dans l’introduction de cette œuvre – et la deuxième négation du libéralisme. Si le libéralisme social représente en un sens une conscience neutralisée de la subsomption du travail sous le capital, alors l’essence cachée du capitalisme – et en ce sens, elle devient une première négation – le néolibéralisme exprime la reconnaissance de la contradiction entre le travail et le capital, mais aussi de manière mystifiée. La contradiction est supposée être une disposition sociale dont le développement contradictoire doit nécessairement être bloqué et dont la nature doit être contrecarrée par l’unification de la classe. Maintenant, et la contradiction même qui doit être objectivement neutralisée.

Dans les conditions de l’après-grande industrie, le capital doit maintenir la domination du travail de manière nouvelle. Ainsi, d’une part, le néolibéralisme favorise un régime de darwinisme social dans toutes les sphères de la société; de l’autre, cela nécessite un comportement coopératif de la part de tous les membres de la population. En bref: il cherche une course de rats coopérative! En présence d’anomie croissante, de corruption et de violence, lorsque de nombreuses difficultés apparaissent à la surface de la société, il préconise toujours le renforcement de la police et le caractère punitif du pouvoir de la propriété privée et de l’État.

D’une certaine manière, on peut donc dire qu’avec l’avènement de l’industrie post-grosse, le capitalisme doit apparaître comme un capitalisme, presque franchement comme un système basé sur la domination de classe. Il se présente comme un système de relations sociales asymétriques et polarisées générant de manière inhérente l’exclusion, mais devant être respecté car c’est le seul qui permette la liberté d’entreprise et la démocratie représentative. Pour les défenseurs actuels de la propriété privée des moyens de production, ce système est constamment menacé par l’usurpation des revenus des propriétaires privés par les syndicats, les gouvernements corrompus, la politique fiscale créée par les législateurs démagogue, la révolte des défaits, etc. La contradiction entre travail et capital n’est donc pas cachée; elle apparaît en quelque sorte,

Il faut voir que, contrairement à ce qui s’est passé dans la grande industrie, dans la seconde, la force de production sociale du travail n’apparaît plus comme la force de production du capital, mais plutôt comme un attribut de l’activité humaine collective et sociale. Cependant, cette force productive ne se présente pas comme un résultat résultant immédiatement de l’activité du travailleur, mais comme quelque chose qui est médiatisé par lui et qui provient de l’intellect général: «[…] Dans cette transformation, ni le travail immédiat L’homme n’exécute pas même le temps qu’il travaille, mais l’appropriation de sa propre force productive universelle, de sa compréhension de la nature et de sa domination à travers son existence en tant que corps social – en un mot, le développement de l’individu social qui il apparaît comme le grand pilier de la production et de la richesse »(apud FAUSTO, 1987, p. 131).

L’ancien fétiche du capital, c’est-à-dire l’identification de la forme de la relation capital avec la machine, le système de la machine et la matérialité de l’usine, perd de sa force dans la société. Il est vrai que le capital peut s’approprier des connaissances applicables à la production, par exemple au moyen de brevets, mais les brevets, sans erreur, sont présentés comme une forme de capital dont l’existence dépend d’une protection juridique directe, et qui est examinée avec précision. donc, les droits de propriété intellectuelle. D’autre part, la totalité complexe constituée d’informations, de connaissances scientifiques et technologiques, devient une force productive. Voici, cette intelligence collective, et une potence qui ne peut être appréhendée dans son ensemble, existe nécessairement de manière décentralisée, forme un réseau extrêmement compliqué et fait actuellement l’objet d’un processus de reconstruction.

Il convient de rappeler que Marx appelle cette capacité productive « compréhension de la nature », en la distinguant comme source par excellence de la productivité de l’homme social au stade avancé de la production développée par le capitalisme. Or, cette force productive est autant une source de richesse matérielle et immatérielle que, avec le travail social, de valeur et de plus-value. En tant que quelque chose qui a une existence spirituelle et qui existe largement dans la société, il apparaît cependant, avec le travail, comme la réalisation historique de l’homme en général, non plus comme une attribution inhérente au capital. Cependant, cela n’empêche pas l’économie vulgaire de l’appeler « capital humain » et « capital intellectuel ». Et cela parce que les capitalistes, en tant que classe et en tant qu’individus, restent propriétaires des moyens de production en général, et donc des conditions de travail, même quand ils sont dans l’esprit des travailleurs. L’énigme de ces deux expressions est révélée lorsque l’on s’aperçoit que la forme de la relation de capital apparaît du côté de la classe possédante, mais que la matière sur laquelle cette forme tombe relève de la propriété inhérente de la force productive de la classe non possédante.

De plus, d’une part, il convient de noter qu’à présent, il n’ya plus d’adéquation entre le matériau qui supporte la forme du capital, c’est-à-dire la connaissance, et la même forme, et que, d’autre part, la force de travail qui mobilise le savoir et met fin à la production, mettant en péril sa propre subjectivité dans le processus de production, n’est plus parfaitement approprié pour exploiter le capital. C’est la raison pour laquelle la domination du capital, loin de ralentir, doit devenir sans compromis et totaliser, s’étendant non seulement sur la durée du travail, mais également au-delà de celle-ci dans la vie du travailleur dans son ensemble. Ce dernier doit alors devenir un ouvrier corps et âme de l’entreprise capitaliste. Mais de cette manière, le capital, qui a maintenant perdu beaucoup de son apparence en tant que force productive matérielle,

Le néolibéralisme est une forme politique dans laquelle l’unité sociale est imposée par une idéologie large (éducation, alignement «volontaire», propagande, spectacle, etc.) dans la mesure du possible, mais par la potence (gestion de la peur, vigilance du grand frère, actions). militaire, terreur d’État, etc.) chaque fois que nécessaire.

Selon le néolibéralisme, l’État doit agir sans honte en tant qu’agent défendant les intérêts capitalistes. Il représente le choix conservateur face à l’épuisement historique du libéralisme social et du socialisme centré sur l’État. Et l’idéologie qui défend le système capitaliste lorsque la relation capital est devenue potentiellement superflue et lorsque l’autogestion des processus de production par les travailleurs eux-mêmes commence à se révéler une option efficace, encore plus productive que la gestion, et qui permet une plus grande degré de réalisation de soi. Selon Fausto (2002), l’industrie de l’après-grande industrie peut être qualifiée de «négation» du capitalisme au sein du capitalisme. Un auteur comme Melman peut déjà écrire avec un optimisme exagéré en gardant à l’esprit le moment historique actuel,

Bien que cela ne se produise pas, l’irrationalité sociale et écologique du capitalisme est de plus en plus accentuée. Vous avez donc raison, lorsque Bensaid déclare, sur la base du même texte de  Grundrisse  mentionné ci-dessus, que l’humanité est à la croisée des chemins:

« Comme Marx l’avait prédit dans ses manuscrits de 1857-1858, » le vol du temps de travail d’une autre personne sur lequel repose la richesse actuelle « apparaît alors comme » une base misérable « , car » le travail cesse d’être la grande source de la richesse sous sa forme immédiate, le temps de travail n’est plus nécessairement sa mesure, la valeur d’échange n’est donc plus la mesure de la valeur d’utilisation ». L’exacerbation de cette contradiction constitutive du processus d’accumulation capitaliste est à la base de la dérégulation du monde, de son irrationnalité croissante, de ses dommages sociaux et écologiques ». (BENSAID, 2003a, p. 33)

[1]  Une citation de James D. Wolfensohn, président de la Banque mondiale, est assez illustrative. Selon lui, «loin de fournir des preuves pour la défense d’un État minimal, des expériences de développement réussies ont montré qu’il fallait un État efficace pouvant jouer un rôle de facilitateur, de catalyseur, d’encouragement et de complément dans les activités des particuliers et des entreprises privées. ”(Voir HILDYARD, 1997, p. 5).

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