» Jean-Claude Michéa : « Il est grand temps de refermer la triste parenthèse politique de la gauche libérale »

Jean-Claude Michéa : « Il est grand temps de refermer la triste parenthèse politique de la gauche libérale »

Source : Le Comptoir, Jean-Claude Michéa, 20-06-2019

Après un article rédigé par Michael C. Behrent sur sa pensée, le magazine américain Dissent publie un grand entretien du philosophe Jean-Claude Michéa. Celui-ci a été accordé en janvier 2019, alors que les gilets jaunes fêtaient leurs deux mois. Le gouvernement commençait à discréditer le mouvement et à le couper de ses bases populaires en pointant notamment la présence des « Black blocs » et de groupuscules d’extrême droite lors des rassemblements parisiens. Alors que Michael Behrent a décidé, avec l’accord de Michéa, de laisser de côté quelques passages risquant d’être incompréhensibles pour des lecteurs américains, notre site propose la traduction intégrale de l’entretien. Dans la 1ère partie, le penseur est revenu sur la critique du libéralisme et sur sa défense des Gilets jaunes. Dans cette 2ème partie, il développe sa critique de la gauche libérale.

Dissent : La xénophobie et l’’intolérance sont en train de monter. Combattre le racisme, dans ce contexte, semble plus nécessaire que jamais. Je pense, par exemple, à cette critique du “privilège blanc” qui est très répandue chez les Américains progressistes. Pour vous, au contraire, l’antiracisme et les luttes sociétales symbolisent tout ce qui est faux dans le libéralisme culturel. Cette façon de voir ne risque-t-elle pas de délégitimer ces combats à un moment où ils semblent particulièrement nécessaires ?

Jean-Claude Michéa : C’est effectivement sur cette question du racisme et de la défense des “minorités” (sexuelles ou autres) que le nuage d’encre répandu depuis des décennies par l’intelligentsia de gauche est devenu aujourd’hui le plus difficile à dissiper. Car il ne s’agit évidemment pas de “délégitimer” le moindre de ces combats dits “citoyens” (ne serait-ce que par fidélité à Marxqui, dans le Capital, rappelait déjà que « le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire reste stigmatisé et flétri »). Ce qui fait problème, en revanche, c’est la façon incroyable dont la nouvelle intelligentsia de gauche – sur fond, tout au long des années 1980, de néolibéralisme triomphant, de “guerre des étoiles” et de déclin irréversible de l’empire soviétique – s’est aussitôt empressée d’instrumentaliser ces combats (on se souvient par exemple du rôle décisif joué sur ce plan par Bernard-Henri Levy, Michel Foucault et les “nouveaux philosophes”) dans le but alors clairement affiché de rendre définitivement impossible tout retour de la critique socialiste du nouvel ordre libéral, critique à présent assimilée au “goulag” et au “totalitarisme” (et le fait que l’actuelle génération d’intellectuels de gauche ait été élevée dans l’idée que Marx était un auteur “dépassé” − combien ont réellement lu le Capital ? − n’a certainement pas arrangé les choses !). Le cas de la France me paraît d’ailleurs ici, une fois de plus, emblématique.

Manifestation d’SOS racisme

Plus personne n’ignore, en effet, que c’est bien François Mitterrand lui-même (avec la complicité, entre autres, de l’économiste libéral Jacques Attali et de son homme à tout faire de l’époque Jean-Louis Bianco) qui, en 1984, a délibérément organisé depuis l’Elysée (quelques mois seulement, par conséquent, après le fameux “tournant libéral” de 1983) le lancement et le financement de SOS-Racisme, un mouvement “citoyen” officiellement “spontané” (et d’ailleurs aussitôt présenté et encensé comme tel dans le monde du showbiz et des grands médias) mais dont la mission première était en réalité de détourner les fractions de la jeunesse étudiante et lycéenne que ce ralliement au capitalisme auraient pu déstabiliser vers un combat de substitutionsuffisamment plausible et honorable à leurs yeux. Combat de substitution “antiraciste”, “antifasciste” et (l’adjectif se généralise à l’époque) “citoyen”, qui présentait de surcroît l’avantage non négligeable, pour Mitterrand et son entourage, d’acclimater en douceur cette jeunesse au nouvel imaginaire No Border et No limit du capitalisme néolibéral (et c’est, bien entendu, en référence à ce type de mouvement “citoyen” que Guy Debord ironisait, dans l’une de ses dernières lettres, sur ces « actuels moutons de l’intelligentsia qui ne connaissent plus que trois crimes inadmissibles, à l’exclusion de tout le reste: racisme, anti-modernisme, homophobie »).

Or cette instrumentation cynique des différents combats dits “sociétaux” s’est révélée, à l’usage, doublement catastrophique pour la gauche. Sur le plan intellectuel, d’abord, parce qu’il est évident qu’une lutte pour “l’égalité des droits et la fin de toutes les discriminations” finira toujours par se voir récupérée et détournée de sons sens par la classe dominante dès lors que tout est fait, en parallèle (et comme c’est justement le cas de la plupart des associations “citoyennes”), pour la dissocier radicalement de toute forme d’analyse critique de la dynamique du capital moderne (et notamment de celle de Marx – aujourd’hui plus éclairante que jamais – sur les effets psychologiques, politiques et culturels du règne de la marchandise, cette « grande égalisatrice cynique »). Un peu, en somme, comme si on appelait à combattre le désastre écologique actuel – à l’image de cette jeune Greta Thunberg devenue, en quelques mois, la nouvelle idole des médias libéraux – tout en se gardant de dire un seul mot de cette dynamique d’illimitation qui définit de façon structurelle le mode de production capitaliste !

« À la différence des classes supérieures, pourtant si promptes à mettre en avant la mobilité transnationale et la tolérance aux autres, les classes populaires sont dans les faits beaucoup plus métissées et mélangées que tous les autres groupes sociaux. »

Et sur le plan pratique, ensuite, parce que les classes populaires n’ont évidemment pas mis longtemps à comprendre − dans la mesure où elles voyaient parfaitement que c’est, pour l’essentiel, la bourgeoisie de gauche (et notamment ses universitaires, ses journalistes et ses artistes) qui avait pris, dès le début, le contrôle de la plupart de ces nouvelles luttes “sociétales” − que les progrès réels que ces dernières allaient rendre enfin possibles (sous réserve, là encore, qu’on ne confonde pas l’émancipation effective d’une “minorité” avec la seule intégration de ses membres les plus ambitieux dans la classe dominante !) se feraient presque toujours sur leur dos et à leur frais.

Sous ce rapport, rien n’illustre mieux cette dialectique de l’émancipation régressiveque l’élection de la nouvelle Assemblée nationale française de juin 2017. À l’époque, l’ensemble des médias avaient en effet salué avec enthousiasme le fait que jamais dans l’histoire de la République française, un parlement élu n’avait compté autant de femmes (près de 40 %) ni de députés issus des “minorités visibles”. Qu’il s’agisse là d’un progrès considérable sur le plan humain, je ne songe évidemment pas à le nier un seul instant. Le problème, c’est qu’il faut également remonter à l’année 1871 (autrement dit à cette assemblée versaillaise qui avait ordonné le massacre de la Commune de Paris – cette « Saint-Barthélemy des prolétaires » disait Paul Lafargue – sous la direction éclairée d’Adolphe Thiers et de Jules Favre, alors les deux chefs incontestés de la gauche libérale) pour retrouver une assemblée législative présentant un tel degré de consanguinité sociale (les classes populaires, pourtant largement majoritaires dans le pays, n’y sont plus “représentées”, en effet, que par moins de 3% des élus ; et, pour la première fois depuis 1848, on n’y trouve même plus un seul véritable ouvrier !).

Ce n’est donc pas tant parce qu’ils seraient “par nature” sexistes, racistes et homophobes que “ceux d’en bas” accueillent généralement avec autant de réticence les combats dits “sociétaux” (une récente étude sociologique sur Les classes sociales en Europe, parue en 2017 aux éditions Agone − montrait même qu’« à la différence des classes supérieures, pourtant si promptes à mettre en avant la mobilité transnationale et la tolérance aux autres, les classes populaires sont dans les faits beaucoup plus métissées et mélangées que tous les autres groupes sociaux« ). C’est bien plutôt parce qu’elles font chaque jour la triste expérience concrète de cette “unité dialectique” du libéralisme culturel et du libéralisme économique sur laquelle la gauche académique en est encore à s’interroger doctement. C’est, du reste, une des raisons pour lesquelles j’en suis venu à accorder, dans mes derniers livres, une importance pédagogique majeure à Pride, ce petit chef d’œuvre du cinéma politique britannique réalisé, en 2014, par Matthew Warchus.

Pride de Matthew Warchus

Pride montre en effet de façon exemplaire que si le soutien apporté aux mineurs gallois du petit village d’Onllwyn, au cours de l’été 1984, par de jeunes militants socialistes du groupe londonien Lesbians and Gays Support the Miners a pu finalement réussir à modifier de façon aussi efficace le regard de ces mineurs sur l’homosexualité, c’est bien d’abord parce qu’à la différence des militants LGBT traditionnels (lesquels sont, du reste, presque toujours issus de la nouvelle bourgeoisie de gauche des grandes métropoles), l’idée ne leur était jamais venue un seul instant de considérer ces syndicalistes gallois comme autant d’esprits “arriérés” qu’il convenait d’évangéliser sur le champ à coup de sermons moralisateurs. Ils les voyaient avant tout, au contraire, comme de véritables camarades de combat, engagés en première ligne contre le sinistre gouvernement de “Maggie la sorcière” (une démarche assez semblable, en somme, à celle qui avait conduit Orwell en 1936 − face à la menace franquiste − à prendre tout naturellement sa place aux côtés des républicains espagnols).

De ce point de vue, la leçon politique de Pride dépasse donc le cadre de la seule lutte contre l’homophobie. Et on pourrait en résumer le principe de la façon suivante. Vous voulez vraiment faire reculer le racisme, l’homophobie, le sexisme et l’intolérance ? Alors remettez d’abord en question tousvos préjugés de classe envers les milieux populaires – à commencer par ceux qui vous portent spontanément à n’y voir qu’un « panier de déplorables » (ou « des gars qui fument des clopes et roulent en diesel », si on préfère la version plus soft de Benjamin Griveaux − porte-parole du gouvernement d’Emmanuel Macron et ancien bras droit du “socialiste” Dominique Strauss-Kahn). Vous pourrez alors découvrir par vous-mêmes à quel point “ceux d’en bas” − quelles que soient, par ailleurs, leur orientation sexuelle ou leur couleur de peau – peuvent se révéler très vite au moins aussi capables d’humanité, de tolérance et d’intelligence critique – dès lors qu’on accepte enfin de les traiter en égaux et non plus en enfants agités à qui on doit faire sans cesse faire la leçon − que ceux qui se perçoivent en permanence comme the best and the brightest. Reste, bien sûr, à savoir si la bourgeoisie de gauche a encore les moyens moraux et intellectuels, en 2019, d’une telle remise en question. Rien, hélas, n’est moins certain.

Vous critiquez – ou du moins vous pointez les limites – de l’idée de “neutralité axiologique” et de la place qu’elle occupe dans la pensée politique contemporaine. Mais une sorte de variante de cette idée ne s’avère-t-elle pas nécessaire pour une société bonne – et particulièrement pour une société tolérante et ouverte à la différence ?

Le problème c’est qu’il me paraît très difficile de mobiliser ce concept de “neutralité axiologique” sans avoir à réintroduire aussitôt l’ensemble des présupposés du libéralisme politique, économique et culturel ! Derrière toutes les constructions de la philosophie libérale, en effet, on trouve toujours l’idée (née de l’expérience traumatisante des terribles guerres civiles de religion du XVIe siècle) que les hommes étant par nature incapables de s’entendre sur la moindre définition commune de la “vie bonne” ou du “salut de l’âme” (le relativisme moral et culturel est logiquement inhérent à tout libéralisme), seule une privatisation intégrale de toutes ces valeurs morales, philosophiques et religieuses qui sont censées nous diviser irrémédiablement – ce qui implique, entre autres, l’édification parallèle d’un nouveau type d’État, minimal et “axiologiquement neutre” − pourra réellement garantir à chacun le droit de choisir la manière de vivre qui lui convient le mieux, dans un cadre politiquement pacifié. Sur le papier, un tel programme est incontestablement séduisant (surtout si l’on admet, avec Marx, que « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous »). L’ennui, c’est que c’est précisément cet impératif de “neutralité axiologique” (ou, si l’on préfère, cette idéologie de la “fin des idéologies”) qui contraint en permanence le libéralisme politique et culturel (les deux sont forcément liés puisque si chacun a le droit de vivre comme il l’entend, il s’ensuit qu’aucune manière de vivre ne peut être tenue pour supérieure à une autre) à devoir prendre appui, tôt ou tard, sur la “main invisible” du Marché pour assurer ce minimum de langage commun et de “lien social” sans lesquels aucune société ne serait viable ni ne pourrait se reproduire durablement.

C’est ce que Voltaire avait, pour sa part, parfaitement compris lorsqu’il écrivait en 1760 − en bon libéral opposé à la fois aux principes inégalitaires de l’Ancien régime et au populisme républicain de Rousseau − que « quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion ». Et de fait, si le seul moyen de neutraliser la dynamique des guerres de religion et de pacifier la vie commune, c’est de rejeter définitivement hors de la sphère publique et de la vie commune toutes les valeurs susceptibles de nous diviser sur le plan religieux, moral ou philosophique, alors on ne voit pas comment une telle société pourrait trouver son point d’équilibre quotidien ultime ailleurs que dans cette “religion de l’économie” et cette mystique de l’“intérêt bien compris” qui définissent, depuis l’origine, l’imaginaire du mode de production capitaliste.

« La liberté sans le socialisme, n’est pas la liberté. » Charles Rappoport

Pierre Leroux

On comprend du coup beaucoup mieux pour quelle raison les premiers socialistes − il suffit ici de relire Pierre Leroux, Proudhon, Marx ou Bakounine – accordaient une place aussi importante à la critique de cette « idéologie de la pure liberté qui égalise tout »(Guy Debord) dont ils avaient très vite compris – et Dieu sait si les faits ultérieurs leur ont donné raison ! – qu’elle conduirait inéluctablement une société libérale à devoir noyer l’ensemble des valeurs humaines dans « les eaux glacées du calcul égoïste » et à « désagréger l’humanité en monades, dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière » (Engels). C’est du reste pourquoi il n’y a strictement aucun sens, selon moi, à se réclamer encore du “socialisme” (ou du “communisme”) là où les concepts fondamentaux de “vie commune”, de “communauté” et de “commun” ne conservent pas un minimum de sens et de légitimité philosophique. La seule question politique importante étant, dès lors, de s’accorder démocratiquement sur ce qui, dans une société socialiste décente, devrait nécessairement relever de la vie commune (fondant ainsi le droit de la collectivité à intervenir en tant que telle sur un certain nombre de questions précises) et sur ce qui, au contraire, ne saurait relever que de la seule vie privée des individus, sauf à sombrer dans un régime totalitaire. C’est d’ailleurs sur cette question cruciale (mais qui n’a de sens que si l’on rejette d’emblée le postulat nominaliste et “thatchérien” selon lequel il « n’existe que des individus » et qu’en conséquence « la société n’existe pas ») que n’ont cessé de s’affronter, depuis le XIXe siècle, les deux courants majeurs du socialisme moderne.

D’une part, un socialisme autoritaire et puritain (à l’image, par exemple, de Lénine affirmant, dans l’État et la Révolution, qu’une fois le socialisme réalisé, « la société toute entière ne sera plus qu’un seul bureau et un seul atelier, avec égalité de travail et égalité de salaire ») et, de l’autre, un socialisme démocratique et libertaire (celui que défendait, par exemple, Pierre Leroux lorsqu’il mettait en garde, dès 1834, le prolétariat français contre la tendance d’une partie du mouvement socialiste naissant à « favoriser, consciemment ou non, l’avènement d’une papauté nouvelle » dans laquelle l’individu « devenu fonctionnaire, et uniquement fonctionnaire, serait enrégimenté, aurait une doctrine officielle à croire et l’Inquisition à sa porte »). Éprouvant, pour ma part, infiniment plus de sympathie pour le socialisme anarchisant de Proudhon, de Kropotkine ou de Murray Bookchin que pour celui de Cabet, de Staline ou de Mao, il va de soi que je partage entièrement votre souci d’une société “tolérante” et aussi ouverte que possible sur toutes les “différences” (n’est-ce pas d’ailleurs Rosa Luxemburg qui rappelait dans La Révolution russe – contre Lénine et Trotsky − que « la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement » ?). Mais pour autant, je ne vois pas ce qu’on pourrait gagner sur le plan philosophique – sinon quelques confusions politiques supplémentaires – à retraduire dans les vieilles catégories de l’idéologie libérale tout ce qui fait, depuis le début du XIXe siècle, la merveilleuse originalité du socialisme populiste, démocratique et libertaire. Car s’il est incontestable – comme le rappelait naguère le militant révolutionnaire Charles Rappoport − que « le socialisme sans la liberté n’est pas le socialisme », il est tout aussi incontestable – s’empressait-il aussitôt d’ajouter – que « la liberté sans le socialisme, n’est pas la liberté ». J’imagine qu’Orwell aurait applaudi des deux mains !

J’ai le sentiment que beaucoup à gauche (et je pense particulièrement, encore une fois, aux États-Unis) éprouvent une méfiance spontanée envers des idées telles que la “common decency” de George Orwell – qui joue un rôle important chez vous – parce qu’ils y voient une façon détournée de défendre les préjugés et l’intolérance . Comment réagissez-vous face à de telles inquiétudes ?

J’y vois malheureusement le signe de l’influence grandissante des “idées” (si l’on peut dire !) d’un Bernard-Henri Levy sur la nouvelle intelligentsia “progressiste” ! Lui qui, récemment encore, n’hésitait même plus à définir les classes populaires par leur « mépris de l’intelligence et de la culture »et leurs « explosions de xénophobie et d’antisémitisme » (il faut dire que la révolte du “peuple d’en bas” et de ses Gilets jaunes l’avait immédiatement plongé dans le même état de panique haineuse que les riches bourgeois parisiens de 1871 face aux insurgés de la Commune !). Or la plupart des enquêtes empiriques dont nous disposons sur ce point confirment, au contraire, de façon massive que c’est bel et bien dans les milieux populaires que le sens des limites et les pratiques concrètes et quotidiennes d’entraide et de solidarité demeurent, aujourd’hui encore, les plus répandus et les plus vivaces. Ce qui s’explique, après tout, très facilement.

Bernard Henri-Lévy

Quand vos revenus sont beaucoup trop faibles – ce qui est le cas, par définition, de la majorité des classes populaires – vous ne pouvez, en effet, avoir la moindre chance de surmonter les multiples aléas de la vie quotidienne que si vous pouvez habituellement compter sur l’aide de la famille et la solidarité du village ou du quartier. Ayant moi-même choisi de vivre – en partie, d’ailleurs, pour des raisons de cohérence morale et philosophique − au cœur de cette France rurale et “périphérique” abandonnée (là où la plupart des équipements collectifs ont disparu – néolibéralisme oblige – et où il faut souvent parcourir des kilomètres – dix dans mon cas personnel ! – pour trouver le premier café, le premier commerce ou le premier médecin), je peux ainsi vous assurer que la façon dont se comportent la plupart des gens qui m’entourent (ce sont essentiellement des petits paysans, des viticulteurs et des petits éleveurs) correspond beaucoup plus, aujourd’hui encore, aux descriptions de George Orwell dans The Road to Wigan Pier ou Homage to Catalonia qu’à celles de Hobbes, de Mandeville ou de Gary Becker (je n’en dirais évidemment pas autant, en revanche, de ces grandes métropoles – telles Paris ou Montpellier – où j’ai si longtemps vécu !).

« Il me paraît donc grand temps de refermer, une fois pour toutes, la triste parenthèse politique de la gauche libérale et de redécouvrir au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard, cette critique socialiste de la société du Spectacle et du monde de la Marchandise qui est clairement redevenue aujourd’hui plus actuelle que jamais. »

Ce qui ne surprendra d’ailleurs pas les lecteurs de Marcel Mauss (comme vous le savez, je me suis beaucoup appuyé sur son Essai sur le don pour expliciter les fondements anthropologiques du concept de common decency), d’E.P.Thompson (je pense, entre autres, à ses analyses décisives sur l’“économie morale” des classes populaires et sur leurs “customs in common”), de Karl Polanyi, de Marshall Sahlinsou de James C. Scott. Et encore moins ceux de David Graeber qui − dans Debt : the first 5000 years – n’hésitait pas à forger les concepts de baseline communism ou d’everyday communism (une version particulièrement radicale, comme on le voit, de la common decency de George Orwell !) pour décrire ce « fondement de toute sociabilité humaine (…) qui rend la société possible »).

Ce n’est donc pas tant l’hypothèse d’une décence commune ou ordinaire – quels que soient par ailleurs les indispensables développements philosophiques et anthropologiques qu’elle appelle par définition – qui devrait faire aujourd’hui problème ! C’est bien plutôt le retour en force, au sein de l’intelligentsia de gauche moderne, de la vieille arrogance de classe et du vieux préjugé élitiste – y compris, hélas, chez certains partisans de la décroissance − selon lequel « postuler une décence ordinaire relève d’une vision paternaliste et fantasmée d’un peuple qui, de fait, n’a jamais existé » (j’emprunte cette formule ahurissante − mais qui en dit très long sur le rapport aux classes populaires d’une grande partie de la nouvelle faune universitaire − à l’honnête “républicain critique”, c’est ainsi qu’il se présente lui-même, Pierre-Louis Poyau). À tel point que j’aurai même tendance à voir dans cet étrange renouveau des thèses les plus défraîchies d’un Gustave Le Bon, d’un Taine ou d’un H. L. Mencken (qu’on songe par exemple à quel point le terme, jadis glorieux, de “populisme” est aujourd’hui devenu, pour la plupart des journalistes et des intellectuels de gauche, un quasi-synonyme de “fascisme” ; ou encore aux délires démophobes et “transhumanistes” de l’idéologue macronien Laurent Alexandre) l’un des signes les plus irrécusables, et probablement les plus désespérants, du naufrage moral et intellectuel absolu de la gauche “moderne” et “progressiste”.

À l’heure où le système capitaliste mondial s’apprête à connaître la décennie la plus critique et la plus turbulente de son histoire – sur fond de désastre écologique grandissant et d’inégalités sociales de plus en plus explosives et indécentes – il me paraît donc grand temps de refermer, une fois pour toutes, la triste parenthèse politique de la gauche libérale (comme avant elle, celle du stalinisme) et de redécouvrir au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard, cette critique socialiste de la société du Spectacle et du monde de la Marchandise qui est clairement redevenue aujourd’hui plus actuelle que jamais.

Propos recueillis Michael C. Behrent

Source : Le Comptoir, Jean-Claude Michéa, 20-06-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Commentaire recommandé

Evariste // 16.08.2019 à 08h16

Un propos de J-C Michéa affuté comme une serpe. Pour moi un des plus clairvoyants penseurs de gauche de notre époque. Combien de temps faudra-t-il pour que cette pensée percole enfin au-delà du cercle restreint des intellectuels critiques du libéralisme de “gauche”? Je crains que seule l’arrivée des catastrophes annoncées, environnementales, sociales ou géopolitiques, ou les trois en même temps, puisse ouvrir les yeux de nos “élites” intellectuelles et politiques, mais il sera peut être trop tard et ce sera de toute façon très très douloureux pour tout le monde…

49 réactions et commentaires

    • Shock // 16.08.2019 à 07h43

      Michéa a raison. Pour résumer, le combat d’une prétendue “gauche” – en fait d’une fraction de la bourgeoisie qui se prétend de gauche – s’est déplacé du terrain économique au terrain de la morale. Le retour du combat économique en France, ce sont les gilets jaunes.

      • Thanos // 18.08.2019 à 21h39

        J’ai bien peur qu’il ne s’agisse plus que d’une fraction de la bourgeoisie se prétendant de gauche. Désormais, pour sa critique d’un certain libéralisme social, Michéa est facilement classé à l’extrême droite dans le monde étudiant/universitaire ou militant et, j’espère me tromper, j’ai l’impression que cette tendance progresse. C’est, je crois, l’un des symptômes d’une mutation de fond où dans notre “démocratie” où le “citoyen” laisse place à “l’individu”. Cela se traduit peut être aussi dans le clivage politique “traditionnel” français qui est en train de s’effacer au profit d’un clivage plutôt anglo saxon (gauche = libéraux et droite = conservateurs) épousant mal notre histoire politique. C’est d’ailleurs ainsi en éclatant le paysage politique et en réunissant un extrême centre libéral étendu que Macron a pu faire campagne comme candidat “de gauche” face à la droite jusqu’à l explosion de Fillon. Ensuite, retour a un schéma bien de chez nous ou y’avait plus qu’a lâcher les castors et faire “barrage”.

    • Shock // 16.08.2019 à 07h46

      “À l’heure où le système capitaliste mondial s’apprête à connaître la décennie la plus critique et la plus turbulente de son histoire – sur fond de désastre écologique grandissant et d’inégalités sociales de plus en plus explosives et indécentes – ”

      Et hop, un gros pavé dans la mare du Botul bis.

      Voir:

      https://www.les-crises.fr/trois-peurs-contemporaines-par-francois-bernard-huyghe/

    • Guadet // 16.08.2019 à 08h11

      Il est étonnant de voir que le mouvement “touche pas à mon pote” mène aujourd’hui au communautarisme, qui est un genre d’apartheid, alors que l’apartheid était justement considéré il y a quarante ans comme le comble du racisme.

      • Guadet // 16.08.2019 à 08h32

        Quand on veut répondre aujourd’hui aux exagérations communautaristes des islamistes, on s’interdit d’en appeler au respect d’une culture française. On en appelle à des concepts supérieurs et universels qu’on prétend vouloir appliquer à l’ensemble de l’humanité. C’est exactement la posture colonialiste, vouloir s’imposer au niveau mondial : on la pratique à fond économiquement et philosophiquement, sous couvert d’anti-racisme, alors même qu’on prétend critiquer comme raciste le colonialisme antérieur.

      • xavier37 // 17.08.2019 à 10h04

        Ce sont les politiques économiques mises en œuvre depuis 40 ans qui aboutissent aux communautarismes, le communautarisme de Neuilly ou celui de Colombes. D’un part, les plus défavorisés cherchent une sécurité par le lien social culturel.
        D’autre part, les riches ne veulent plus payer l’impôt, c’est un des signes les plus évidents de communautarisme.

        • Jérôme // 18.08.2019 à 01h42

          Le communautarisme n’a pas besoin de libéralisme pour prospérer. Que je sache, l’Israël du parti travailliste, des kibboutz et de Ben Gourion était tout sauf libéral.

          C’est une erreur de raisonnement d’analyser les phénomènes politiques et culturels systématiquement sous le prisme des rapports de production. L’homme n’est pas qu’un homo oeconomicus. Il est aussi un être de passions, d’affinites, de subjectivités.

          • Berty // 18.08.2019 à 21h52

            Votre commentaire est perspicace. L’erreur fondamentale de Marx, par ailleurs un descripteur inégalé des facteurs visibles des tensions socio-économiques, a été de négliger la dimension anthropologique plus fondamentale de l’homme (ce qu’on pourrait désigner comme les facteurs invisibles).
            La dialectique idéologique majeure est là: ceux qui ont intérêt à asservir les dominés sur le plan socio-économique croient y parvenir en esseulant l’humain comme individu. Cependant, en faisant fi de la réalité historique et culturelle des groupes humains, les dominants sont condamnés à l’instrumentalisation, au mensonge, à la propagande et finalement à l’autoritarisme ou pire.

    • Duracuir // 16.08.2019 à 08h16

      Et oui, la IIIe République étant farouchement anti-sociale et réprimant sauvagement et la Commune(100 000 mort des 10 ans de repression) et tout mouvement ouvrier , pour prouver aux monarchistes et aux bourgeois qu’elle savait tenir son monde; cette IIIe donc, comme seul élément fédérateur, avait promu l’anti-cléricalisme. On voit encore les traces de cet ADN Radical dans tout un pan de l’éléctorat et de l’appareil (ex) socialiste.
      L’anti-racisme est l’anti-clericalisme du XXIe siècle.
      Le plus marrant, c’est qu’au nom de l’anti-racisme ces gens là acceptent l’hégémonie cléricale islamiste tout en pourchassant encore les fantômes du catholicisme.

    • Evariste // 16.08.2019 à 08h16

      Un propos de J-C Michéa affuté comme une serpe. Pour moi un des plus clairvoyants penseurs de gauche de notre époque. Combien de temps faudra-t-il pour que cette pensée percole enfin au-delà du cercle restreint des intellectuels critiques du libéralisme de “gauche”? Je crains que seule l’arrivée des catastrophes annoncées, environnementales, sociales ou géopolitiques, ou les trois en même temps, puisse ouvrir les yeux de nos “élites” intellectuelles et politiques, mais il sera peut être trop tard et ce sera de toute façon très très douloureux pour tout le monde…

      • Catalina // 16.08.2019 à 08h29

        Evariste, “on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif”, il ne faut pas compter sur ces “élites”, enfermées dans une doxa et qui sont des fanatiques.
        Au contraire, il serait bon de recréer une véritable élite et je pense qu’il y a de quoi faire dans notre beau pays. Ceci dit, *le premier préalable est de neutraliser les médias.
        Je dis ça.

        • doudoute // 16.08.2019 à 09h11

          Sur ces médias, on pourrait reprendre Debord:

          «Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle.»

        • Evariste // 16.08.2019 à 09h37

          Mais on fait comment pour recréer une élite et “neutraliser” les medias? Les sites comme Les-Crises permettent d’alimenter la réflexion mais je ne crois pas qu’ils puissent vraiment concurrencer les medias dominants. L’accès à ces medias est soigneusement verrouillé, le “système” a appris à se protéger et il ira jusqu’au bout de sa folie… C’est ce qui me fait craindre que seule une catastrophe de très grande ampleur pourra supprimer cette domination absolue, avec une grande incertitude sur ce qui subsistera de la pensée en général… Enfin je suis sans doute trop pessismiste mais avouez que la situation y incite fortement.

      • Geoffrey // 17.08.2019 à 10h26

        tjrs cette même rengaine : “….puisse ouvrir les yeux de nos “élites” intellectuelles et politiques”

        tjrs ce même paradigme auto-castrateur selon lequel, le problème, c’est que “nos” élites se trompent, sont mal conseillées, ne nous entendent pas et autres niaiseries de gilets jaunâtres du même genre.

        manifestement, JCM ne parvient tjrs pas à vous faire comprendre que le problème, c’est l’essence du Système…sa nature maléfique, sa verticalité : pas le vrai pouvoir politique ni le vrai pouvoir économique dans les mains du peuple, rien que des ersatz (droit de vote + droit de grève).

        on ne s’évade pas à moitié d’une prison…

        Geof’-Rey, communiste

    • RGT // 16.08.2019 à 09h04

      Si déjà les enfants apprenant à écrire commençaient à lire et à COMPRENDRE un texte en étudiant “Être gouverné” de Proudhon paru dans “Idée générale de la révolution au XIXe siècle” en 1851 ils seraient moins enclins à se laisser berner par les sirènes des politicards professionnels.

      Concernant les fauxcialistes, la fin est particulièrement éloquente et démontre bien que Proudhon avait déjà compris il y a bientôt 170 ans l’escroquerie qui se mettait en place, je cite :

      “Et qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République !”

      Que TOUS les gilets jaunes (que je respecte infiniment) méditent sur ce passage, et sur les textes de Proudhon dans leur totalité.
      On dirait que Pierre-Joseph a fait un rêve prémonitoire qui lui a révélé la situation que nous vivons actuellement.

      Et merci à Jean-claude Michéa d’avoir reconnu la qualité des pensées de Proudhon (souvent un peu confuses mais pures) dont les œuvres devraient figurer au dessus de la pile des livres de toutes les tables de nuit.

      De plus, Proudhon ne se contente pas de nous avertir sur les causes de la domination des plus démunis, il nous donne des pistes à explorer sans pour autant nous imposer quoi que ce soit, contrairement à Marx et à d’autres “penseurs” qui ne sont que des dictateurs en puissance qui ne valent pas mieux que ceux qu’ils sont censés combattre.

      • Ouvrierpcf // 17.08.2019 à 18h52

        Si Marx est dictateur c est du Prolétariat comme celui défini dans le Capital œuvre sur laquelle s appuient encore les ouvriers Comme le marteau la faucille apparaissant a chaque manif Quid de la tête de Proudhon de ses travaux Pourtant oui les 2 penseurs peuvent être cités en exemple en complément Les opposer c’est fauxsocialser le contexte pour le coup

    • doudoute // 16.08.2019 à 09h20

      Sans que cela contre-carre ce remarquable exposé, j’étais plutôt resté sur l’idée que SOS racisme avait été inventé dans l’urgence par un pouvoir paniqué face l’immense accueil populaire qu’avait reçu la Marche des beurs.

      Non ?

      J’y étais. Me suis fait avoir au début par ce spectacle (jusque dans “Pif gadget” !). Mais non, pas d’effervescence populaire. Juste de la moraline et de la starlette. Retour à la case banlieue.

      • Toutatis // 16.08.2019 à 09h41

        “l’immense accueil populaire qu’avait reçu la Marche des beurs”
        bof bof en effet…
        J’ai plutot le souvenir à cette époque de l’ascension du FN.

      • Sébastien // 16.08.2019 à 14h37

        Ce que n’ose pas balancer Michéa, c’est que SOS Racisme est un complot créé et organisé au plus niveau de l’Etat, que le FN a servi de hochet, contre-poids pour magnétiser, polariser et détourner l’attention de la population.
        C’est bien aussi Jospin qui l’avait avoué, non? Il a été de conspirationniste pour l’avoir dit?
        On pourrait facilement en conclure que l’entierté de la vie politique française de ces 40 dernières années est un “fake” de A à Z, une illusion, un univers virtuel plaqué devant les yeux des français.
        Et en gros, c’est vrai. Il suffit de s’élever de quelques degrés au dessus du décor pour le voir (vous savez, comme si un bon journaliste montrait une photo vu du dessus, plutôt que cadrer en rase-motte en plan serré).

      • MIZZGIR // 16.08.2019 à 17h41

        Lecteur de Pif Gadget au début des années 80, j’avais une copine au collège à qui je le passais en douce car ses parents ne voulaient pas qu’elle s’y abonne parce que selon eux c’était un affreux “canard” gauchisant… Et en face il y avait le Journal de Mickey, un affreux “canard” de droite ! Même si c’est pousser l’”analyse” un peu loin, ce n’est pas faux après tout. Les idéologies se glissent partout. Dans un sens ou dans l’autre, ça + le gavage “familial”+ celui de notre milieu social, sur un jeune cerveau… s’il n’y a pas de contre-discours, dans une époque de mensonge ça peut faire des dégâts ! Ensuite il faut des années pour tout remettre à l’endroit (pour ceux qui y parviennent). Mais ce n’est pas du temps perdu, au contraire, car pour que nous comprenions à quel point on se fait enfler il faut que ça passe par nous, donc commencer dès l’enfance c’est l’idéal !

    • Fritz // 16.08.2019 à 09h30

      Dans son livre « Les mystères de la Gauche » (Climats, 2013), Michéa revient sur cette matrice progressiste du XVIIIe siècle qui a enfanté à la fois le capitalisme et la Gauche. Il s’interroge sur le « signifiant maître » qui permettra aux forces populaires de mener un combat efficace contre le capitalisme, sachant qu’une critique radicale doit s’adresser à « l’ensemble des classes populaires (qu’elles votent à droite, à gauche ou préfèrent pêcher à la ligne le jour des élections) » (p. 56 et 58).

      Voilà pourquoi Michéa ne se réclame pas volontiers de la Gauche : le mot est ambigu, et il fait fuir une partie des classes populaires.

      Puisque la notion de peuple est au centre, pourquoi ne pas revendiquer le Populisme ? Ce serait un pied de nez à BHL, au Medef, à la Gauche libérale comme à la Droite patronale… Réhabiliter ce mot lui donnerait une force ! Imaginez : le mouvement populiste exprime son soutien aux Gilets jaunes… aux municipales, les candidats populistes battent les candidats LREM…

    • aladin0248 // 16.08.2019 à 09h33

      Dans le paysage idéologique actuel, le travail de Michéa est réellement fondamental. La lecture de “l’Empire du moindre mal” (2006) a été pour moi un événement décisif. Dans les années qui ont suivi, Michéa n’a rien apporté de bien nouveau en dehors de développements et approfondissements des points soulevés dans ce premier ouvrage. On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout, mais on a là l’antithèse indispensable à la pensée dominante. Pour la synthèse, c’est à chacun de travailler. Michéa se veut toujours “de gauche”, mais sa gauche idéale n’existe pas …

    • petitjean // 16.08.2019 à 10h07

      foin des analyses !
      tout a déjà été dit mille fois !
      la France n’est plus une démocratie et les deux tiers au moins du peuple n’ont aucune conscience politique, aucune culture économique, aucune culture historique
      donc, pourquoi avons nous si peur d’agir ?
      car, évidemment, le bulletin de vote ne sert plus à rien
      De quoi avons nous peur ?………………

      • Calal // 16.08.2019 à 10h57

        La plupart des français sont des égoïstes prêts a dénoncer leur voisin au premier dictateur venu pour de la jalousie et de la convoitise digne d’enfants de maternelle. Ils sont prêts a aller a l’abattoir et vous y emmèneront de force avec eux car ils sont pour une forme d’égalité qui se traduit par ” tous sans exception dans les ennuis” et ” pas une tête ne sort du rang sinon on tape dessus jusque ça ne dépasse plus”

        • Bouddha Vert // 19.08.2019 à 01h36

          D’accord avec vous mais plutôt que “français”, je pense raisonnablement qu’”humain” serait encore plus juste, en tout cas pour ce qui concerne l’attitude face à la dictature.
          Pour “l’abattoir…”, il me semble que “la plupart des français” est une vision un peu excessive, en tout cas on ne peut pas dire que l’histoire de France ai permis l’émergence de politique assurant le curieux monde que vous décrivez.

      • doudoute // 16.08.2019 à 11h01

        La peur de perdre notre petit confort ?
        La peur d’avoir à payer ces choses inutiles à leur vrai prix, humain, écologique, social ?
        La peur que ce soit pire encore ?
        La peur de l’autre, si diverse qu’il peut basculer à tout moment dans ce que dénonce chaque jour les infos ?
        Cette peur, depuis la guerre froide jusqu’à l’Iran, invariablement insufflée qu’aujourd’hui c’est notre matrice première ?

        (je parle surement de moi, là)

    • Fritz // 16.08.2019 à 10h18

      Attention, on va vous chercher des poux avec la première photo d’illustration : n’est-ce pas la flamme du FN qui orne l’écu porté par l’homme au deuxième plan ? Et puis, ce panneau « Vive la France »… cette jeune femme qui tient une cigarette entre ses doigts… Horresco referens ! BHL, réagis !

      • Sam // 16.08.2019 à 13h40

        Elle est à mettre en perspective avec la photo de SOS racisme et celle de cette pride prolétaire galloise.
        De même BHL est à mettre en perspective avec Pierre Leroux.
        D’ailleurs on le reconnait bien à son air de panique haineuse, face à la dignité d’un Leroux.
        Très bon choix de photos et excellent texte. Merci Les Crises…

        P.S : un jour nous abattrons les apostrophes et nous finirons bien par appeler les choses par leurs vrais noms. (Mal nommer les choses c’est participer aux malheurs du monde, Camus)

    • Macarel // 16.08.2019 à 10h25

      Mitterrand a liquidé le parti communiste (certes aidé par l’effondrement de l’URSS) et objectivement favorisé l’émergence du FN. Mitterrand a choisi de dissoudre le “modèle” social français dans le grand marché européen de la “concurrence libre et non faussée” (tournant de la rigueur de 1983 et Maastricht). Sous Jospin, gauche plurielle, il n’y a jamais eu autant de privatisations, Strauss-Kahn étant ministre de l’économie (Jospin eût cependant l’honnêteté lors de la campagne de 2002, de dire que “son programme n’était pas socialiste : il fût éjecté du deuxième tour au profit de Le Pen). Hollande, en bon épigone “florentin” de Mitterrand, a liquidé le propre parti socialiste, et ouvert la voie au “macronisme”. Non sans avoir auparavant été du côté de ceux qui ont contribué au déni de démocratie de 2005 ( en ne respectant pas le choix du peuple), puis de 2008 (Traité de Lisbonne approuvé au Congrès).
      Le PS est mort d’avoir porté en son sein l’alien “en même temps” qui aujourd’hui règne sans partage sur le royaume de France et de Navarre. Alien, qui pour avoir été porté par la “gauche”, se révèle une fois émancipé plus compatible avec la droite la plus réactionnaire, qu’avec la gauche “progressiste” (je parle de progressisme social).
      Beau bilan de la “gauche” de pouvoir française depuis le début des années 80 !!!

      • Fritz // 16.08.2019 à 11h42

        C’est pour cette raison que Michéa parle de « refermer la triste parenthèse de la gauche libérale ». Car la parenthèse qu’elle a ouverte en mars 1983 (selon la formule de Jospin) ne s’est jamais refermée.

    • Emmanuel Florac // 16.08.2019 à 10h50

      En tant que Michéiste convaincu et lecteur de MIchéa depuis plus de 20 ans, je dis merci 🙂

    • sergio // 16.08.2019 à 11h41

      Beaucoup de personnes (dont moi) aimeraient beaucoup plus voir et entendre Michéa (ou des “disciples”) mais visiblement cet homme cherche a vivre de manière paisible en dehors du spectacle médiatique, c’est tout a son honneur mais quelle frustration.
      Je m’étonne quand même du silence de la gauche “anticapitaliste” sur Michéa, qu’ils ne citent jamais (vous savez cette gauche qui refuse de sortir de l’UE alors que c’est du pipi de chat a côté du projet de carrément sortir du capitalisme sachant que l’UE est le symbole du capitalisme ultralibéral avec ses traités de libre échange, va comprendre ?) sous le prétexte qu’il est cité par des gens classés a “l’extrême droite”, mais qui fait le classement et sur quelle base ? Je pense comprendre que les anticapitalistes universalistes sont classés a gauche (les gentils “progressistes”) et que les anticapitalistes conservateurs sont classés a droite (les méchants “fascistes”), et que la moindre passerelle entre ces deux mouvement est tout de suite affublé du terme très sympathique de “rouge-brun” (par qui ?), un front anticapitaliste me parait pourtant intéressant, quel gâchis !

      • Fritz // 16.08.2019 à 11h57

        Ce front anticapitaliste, Michéa le suggère et le propose depuis longtemps. Il y a vingt ans déjà, il notait qu’une critique anticapitaliste incapable d’assumer sa dimension conservatrice serait incapable de porter des coups efficaces (L’enseignement de l’ignorance, Climats, 1999, p. 131).

        Quant à la réticence de la gauche américaine (dixit Behrent) devant la notion de « common decency », elle me cause du souci. Le parangon de la gauche morale, ce serait donc Pierre Bergé ?

        • aynrand // 16.08.2019 à 15h41

          Front anticapitaliste ? Il va naître spontanément de nulle part ? Les héritiers..l’ex URSS, la Russie maintenant pense à son propre intérêt, du nationalisme, la Chine n’a de communisme que le nom, c’est l’autoritarisme qui préside. Ces 2 phares ne sont aucunement intéressés par la propagation du communisme et de l’anticapitalisme, les années 60 sont derrière nous.

          La seule arme fatale c’est la non-consommation de masse, battre le pavé avec des pancartes ne change rien.

          Les révoltes locales sont promises à l’échec ou à l’autarcie plus ou moins organisées de l’intérieur et de l’extérieur (Cuba, Venezuela, Corée du Nord

      • Sébastien // 16.08.2019 à 14h29

        Ce que dit Michéa pour faire simple, car il embrouille un peu son propos pour ne pas servir de cible vivante:
        il existe une fausse gauche et une fausse-droite, celle promue par les médias, donc une vraie gauche et une vraie droite, celle diabolisée par les médias.
        Il faudrait peut-être commencer par admettre aussi qu’il n’y a pas que la gauche, à moins de penser comme idéal le fait de marcher ou courir sur une jambe, un bras, et un hémisphère du cerveau en moins, ce qui est le cas de beaucoup d’handicapés mentaux politiques en France.

      • Renard // 16.08.2019 à 14h46

        Sans aller jusqu’à faire une passerelle, l’anti-capitalisme pourrait aussi simplement retrouver sa dimension conservatrice en sachant distinguer les bonnes et les mauvaises variétés de conservatisme.

        Malheureusement les dirigeants de l’anti-capitalisme sont plus soucieux de garder les mains pures – et d’une fausse pureté – plutôt que de gagner et de changer la vie des gens concrètement.
        Encore une fois ces dirigeants de l’anti-capitalisme sont des bourgeois pour qui la quête de la bonne conscience (superficielle) vaut tous les sacrifices, y compris celui de laisser le prolétariat crever.

    • doudoute // 16.08.2019 à 12h24

      Comme Michéa le cite, Voltaire “qui avait parfaitement compris” en effet, je vais le cité aussi à travers la bouche d’Henri Guillemin dans une parenthèse lors d’une de ses fabuleuses histoires (je ne sais plus laquelle malheureusement, mais je l’avais noté tellement…) :

      “Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre et nourrit par lui et le gouverne.”

      Je ne crois pas que c’était de l’humour.

      • Yannis // 18.08.2019 à 03h26

        Voltaire, penseur essentiel du XVIIIe siècle, mais aussi excellent homme d’affaire, ne devait pas être trop perturbé par une certaine incohérence entre ses écrits et ses actes, car en homme de droite, mais aussi en tant que philosophe des Lumières, il possédait des portefeuilles d’actions dans la traite négrière.

        http://une-autre-histoire.org/voltaire-armateur-negrier/

    • florian lebaroudeur // 16.08.2019 à 13h41

      Enfin une analyse objective lucide et de bon sens comme on aimerait en entendre plus souvent…

      Mais elles se font de plus en plus rare au fur et à mesure que le prêt à penser est en train d’isoler les dernières poches de réflexion autonome et rigoureuse.

      On ne compte plus les hommes et les femmes de bonne volonté qui se laisse volontiers séduire par les voiles d’idéaux sans visages au détriment de l’effort de l’apprentissage, de l’expérience et de l’observation.

    • clauzip 12 // 16.08.2019 à 23h32

      l’histoire politique récente permet ,comme le fait JC Michéa,l’analyse de l’impasse ou du détournement qu’ a été le socialisme libéral.
      Bardés de tous ces enseignements il nous reste à construire une voie susceptible,plutôt quasi certaine d’être comprise ,conduite par le plus grand nombre.
      “la voie”(E. Morin)me parait être le tracé ,la construction à réaliser ensemble pour la réflexion ,la rationalité,l’adhésion à un concept rempli des vies , des acquis ,des espoirs de tous.

    • Jean-Pierre Georges-Pichot // 17.08.2019 à 10h27

      Michéa a raison. Une remarque terminologique : si l’on tombe d’accord que Marx, entre autres, reste une des bases théoriques de l’analyse politique, cela pourrait être l’occasion de se débarrasser du concept de ‘gauche’, qui engendre automatiquement de la confusion. Il y a des classes, et des formations politiques qui en portent les intérêts. La ‘gauche’ n’est aucun de ces partis. C’est un concept dont on abuse pour faire oublier la guerre totale qui a eu lieu, depuis la révolution industrielle, entre les partis prolétariens, le parti communiste en France, le mouvement anarchiste en Espagne, d’une part et les partis bourgeois d’autre part qui n’ont jamais fait semblant de les tolérer que pour les combattre.

    • Marc Michel Bouchard // 17.08.2019 à 14h20

      (…) Derrière toutes les constructions de la philosophie libérale, en effet, on trouve toujours l’idée (née de l’expérience traumatisante des terribles guerres civiles de religion du XVIe siècle) que les hommes étant par nature incapables de s’entendre sur la moindre définition commune de la “vie bonne” ou du “salut de l’âme” (le relativisme moral et culturel (..), seule une privatisation intégrale de toutes ces valeurs morales, philosophiques et religieuses qui sont censées nous diviser (…) – ce qui implique, entre autres, l’édification parallèle d’un nouveau type d’État, minimal (…) − pourra réellement garantir à chacun le droit de choisir la manière de vivre (….)

      Cette définition dépressive qui rendrait possible une des causes du libéralisme s’apparente à une vision autrement positive chez Jacques Sapir qui considère que la définition de la souveraineté retrouvée passe par le refus de ces guerres religieuses ou idéologiques et que la laïcité ou l’ancêtre de la laïcité au moment de l’avant 1789 consistera à rassembler chacun des peuples dans ce qui unit soit la souveraineté populaire au détriment d’identités religieuses qui en contrôlant l’État sèment la mort par conflits ou imposent la théocratie directe ou par le biais secondaire des monarchies. Cette vision de Sapir spécifique fait l’impasse marxiste sur l’avènement de la bourgeoisie et du capital mais a fait la république historique. Le multiculturalisme libéral qui suscite retour de la laïcité n’est pas pensé par Michéa?

    • Marc Michel Bouchard // 17.08.2019 à 14h47

      Je ne suis pas grand connaisseur de JCM constat que des aspects de sa pensée rejoignent l’actualité et d’autres semblent y échapper tout en considérant que Michéa pense hors actualité par ses livres puisque non journaliste évidemment. Ce qu’il dit sur le bloc sociétal de la gauche libérale qui a influencé la gauche sociale la rendant aussi passablement sociétale est juste en associant il est exact un Foucault parmi d’autres dans ces influences qui tournent au fiasco depuis 10 ans ayant fait croire presque que le néolibéralisme serait viable par sa seule capacité d’alimentation de toutes les différences sans s’imaginer que le politiquement correct qui en provient pouvait se rapprocher d’un nouveau phénomène paradoxal d’intolérance et d’une chute de la laïcité des nations face à l’universalisme culturel multiculturel qui donne un islam en provenance d’Arabie saoudite ou des Frères musulmans égyptiens. Tout le problème c’est que la critique sombrerait souvent dans le -fascisme- selon les médias parce que la valeur universaliste serait attaquée par le doute sur le religieux ou le mondialisme et que le souverainisme dont le Brexit se réduit à être l’ennemi à abattre. Or, presque toutes les révolutions du 19ème siècle ont été aussi souverainistes moindrement la Commune en oubliant la soviétique quoi que oui pour celles de la Chine de Mao et de Castro à Cuba. Quoi est refoulé, haï et à dire?

    • Marc Michel Bouchard // 17.08.2019 à 15h05

      Selon le fleuve actuel du sociétal, les catégories-communautés en voie de lobbyisme ne peuvent être l’avenir de la démocratie car les associations, les groupes d’intérêts, les clubs et groupes viscéraux ou communautés orthodoxes religieuses ne servent pas le bien commun tout au contraire et à l’heure de ces curieuses tueries de masse aux États-Unis on pourrait y voir des liens avec la condition sociale américaine qui propose un mixte entre individualisme et communautarisme. Peut être opportunément par les trente glorieuses, l’individualisme national en France a été plus heureux sans être le paradis. N’empêche que sortie de 1945, l’Europe a évité alors la situation présente qui pourrait recréer un nouveau Moyen Âge de féodalités. Les technologies sont trop fortes pour une humanité qui a évolué socialement depuis 400 ans sans évoluer biologiquement dans la sagesse.

      Nous surestimons l’humanisme advenu depuis 500 ans. Les philosophes de Platon, Marx, Nietzsche, Freud à Foucault font essais réussis et erreurs.

    • Learch // 18.08.2019 à 08h19

      Merci à Olivier Berruyer pour la diffusion de cette entretien… La seule chose qui me dérange est le titre/l’extrait qui sert de titre : “Il est grand temps de refermer la triste parenthèse politique de la gauche libérale”.

      Réduire l’action mortifère, destructrice, létale de cette fumeuse gauche libérale depuis 40 ans à une douce et simple “triste parenthèse” m’apparaît comme un euphémisme indigérable, révulsant, vomitif.

    • Yves TEROUINARD // 18.08.2019 à 21h23

      « Il est grand temps de refermer la triste parenthèse politique de la gauche libérale ».
      Certes.
      Certes, Jean Claude.
      Mais, quelle “parenthèse” ouvrons nous ?

    • Bouddha Vert // 18.08.2019 à 22h44

      Il écrit bien sa ligne de pensée est superbe mais lorsqu’il écrit “tout en se gardant de dire un seul mot de cette dynamique d’illimitation qui définit de façon structurelle le mode de production capitaliste” je débranche ou plutôt je me dis qu’il vit au XXIème siècle et il agit comme les “gauchistes” qui parlent des limites du discours de Marx, sans l’avoir lu!!

      J’engage donc M MICHEA à lire les rapports du GIEC, unique message de Thunberg, et ensuite de se servir de sa magnifique facilité à s’exprimer pour nous nourrir.
      Faute de quoi il devient un mondain, trop satisfait de se draper d’une éthique propre mais inconséquente.

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