3201 – 1/ – Geir Pedersen … l’homme au travail le plus difficile du monde peut-il sauver la Syrie ? … 2/ – Entretien avec Fabrice Balanche – « Avec la fin de la guerre en Syrie, on s’achemine vers une normalisation des rapports avec Damas » – Sans a priori

3201 – 1/ – Geir Pedersen … l’homme au travail le plus difficile du monde peut-il sauver la Syrie ? … 2/ – Entretien avec Fabrice Balanche – « Avec la fin de la guerre en Syrie, on s’achemine vers une normalisation des rapports avec Damas »

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Geir Pedersen … l’homme au travail le plus difficile du monde peut-il sauver la Syrie ? –

Article publié le 14/02/2019 – Par Léa Masseguin – les clés du moyen orient.com

Le nouvel envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la Syrie,Geir Pedersen, a pris ses fonctions le 8 janvier 2018. Il a effectué du 14 au 17 janvier son premier voyage à Damas pour tenter de relancer le processus de paix en Syrie.

Comment ce diplomate norvégien peut-il réussir à relancer les pourparlers de paix moribonds dans un pays en guerre depuis huit ans, là où ses trois prédécesseurs ont échoué ?

Décryptage autour du métier considéré comme le « plus difficile du monde ».

La guerre en Syrie

Geir Pedersen est le quatrième émissaire onusien pour la Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011.

Débuté dans le contexte du printemps arabe par des manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, le conflit syrien a connu plusieurs phases. Avec l’escalade des violences et la répression du régime, la révolution pacifique se transforme très vite en guerre civile opposant le gouvernement et l’opposition, profondément divisée en une multitude de factions.

Deux ans après le début des révoltes, Damas est accusé d’avoir utilisé des armes chimiques sur sa population dans l’est de la Ghouta, en avril 2013. Selon l’opposition, cela aurait causé la mort de 1 300 Syriens, notamment des civils. Si un an plus tôt, Barack Obama avait prévenu que l’utilisation d’armes non conventionnelles contre la rébellion était la « ligne rouge » à ne pas franchir, le président américain renonce finalement à une intervention militaire en Syrie.

Bachar el-Assad sort renforcé de cette volte-face et les attaques aux armes chimiques se poursuivent en Syrie. Selon les ONG médicales et humanitaires présentes sur place, ces attaques auraient tué près de 2 000 personnes et fait plusieurs milliers de blessés entre mars 2011 et juin 2017 (1).

D’autre part, dès fin octobre 2014, l’État islamique contrôle des villes du nord et l’est du pays

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tandis que les Syriens continuent de fuir leur pays par millions, vers l’Europe, le Liban et la Jordanie principalement.

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Dans ce contexte, la Russie décide alors d’intervenir militairement en Syrie en septembre 2015, pour soutenir son allié syrien. Si Moscou [1] dispose de nombreux intérêts stratégiques et économiques en Syrie, ce soutien s’explique également par les relations historiques entre les deux pays, ainsi que par le nombre très important de Syriens orthodoxes, proches du patriarche de Moscou.

Cet appui russe[2] marque un tournant décisif dans la guerre et le régime parvient à reconquérir la plus grande partie du territoire perdu. Les appels de la communauté internationale sont de plus en plus nombreux pour mettre fin au conflit en Syrie. Pourtant, en avril 2017, Damas est une nouvelle fois accusé d’avoir utilisé des armes chimiques à Khan Cheikhoun, provoquant l’intervention militaire conjointe des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni (2). En octobre 2017, la reprise de Raqqa[3] à l’État islamique et l’annonce le 20 décembre 2018par le président Trump du retrait des troupes américaines en Syrie font naître l’idée d’une guerre « proche de la fin ».

Impuissance de l’ONU

Malgré les atteintes aux droits de l’Homme en Syrie, l’ONU n’a jamais trouvé d’accord sur l’issue politique et négociée de cette guerre, comme l’illustre l’échec des deux initiatives de pourparlers concurrentes :

  • le processus d’Astana[4] mené par la Russie, la Turquie et l’Iran

  • et celui de Genève[5], initié par les Occidentaux (3).

L’organisation est en effet paralysée par le droit qu’utilise la Russie sur la guerre syrienne (4).

« La situation actuelle du conflit en Syrie illustre une défaite totale des Nations unies telles que les Occidentaux l’ont considérée, c’est-à-dire un instrument entre leurs mains depuis la chute de l’URSS en 1991 », note Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie (5).

De plus, les médiateurs de l’ONU sur la Syrie renoncent à tour de rôle à leurs fonctions.

Les trois prédécesseurs de Geir Pedersen ont tous échoué à faire la paix en Syrie.

  • Staffan de Mistura, l’ancien Secrétaire général des Nations unies,
  • Kofi Annan,
  • le diplomate algérien, Lakhdar Brahimi,

ont tous renoncé faute de parvenir à une solution politique, malgré plusieurs années de diplomatie obstinée.

ONU Kofi Annan file-20180819-165952-y9y6es  Kofi Annan

En août 2012Kofi Annan avait d’abord démissionné de son mandat de médiateur après six mois d’efforts infructueux, qualifiant son travail de « mission impossible ».

ONU Lakhdar Brahimi,n-LAKHDAR-BRAHIMI-628x314              Lakhdar Brahimi,

Début 2014, l’échec des premières négociations organisées en face à face entre le gouvernement syrien et l’opposition à Genève, ont ensuite conduit l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères, Lakhdar Brahimi, à abandonner son rôle d’envoyé spécial des Nations unies :

« Je n’arrivais à rien et c’était la seule façon pour moi de protester contre le total manque d’attention de la communauté internationale pour la situation en Syrie », avait-il affirmé dans un entretien avec The Guardian (6).

ONU Staffan de Mistura 055deeed26f1446b90a9f4a61012f5c1_18  Staffan de Mistura

Même le dernier médiateur en date, « l’infatigable optimiste » Staffan de Mistura,a lui aussi annoncé sa démission en novembre dernier, après l’échec de nouvelles négociations organisées entre Damas et les groupes d’opposition. S’il a annoncé quitter ses fonctions pour des « raisons personnelles », son retrait sonne plutôt comme un nouvel aveu d’impuissance pour l’organisation multilatérale.

Un « top diplomat »

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C’est donc un nouveau pari que fait l’ONU en misant sur Geir Pedersen pour faire la paix en Syrie.

« M. Pedersen va soutenir les parties syriennes en facilitant une solution politique complète et crédible, en mesure de satisfaire les aspirations du peuple syrien », avait déclaré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres lorsqu’il annonçait au Conseil de sécurité son intention de nommer le diplomate norvégien (7).

A 63 ans, Geir Pedersen est considéré comme un « top diplomat ».

Ancien ambassadeur de Norvège en Chine, il est également familier du système onusien. Représentant spécial de l’ONU au Liban (2005-2008), le haut fonctionnaire a ensuite été Représentant permanent de la Norvège auprès de l’ONU jusqu’en 2017.
Geir Pedersen a également été membre de l’équipe norvégienne aux négociations secrètes qui ont conduit à la signature historique des accords d’Oslo de 1993 (8).
« La Norvège a bonne presse à Damas et a fait ses preuves au Moyen-Orient. La neutralité et les moyens financiers de ce pays pourront être bénéfiques pour le nouveau médiateur », souligne Fabrice Balanche (9).

Malgré son parcours talentueux et son expertise sur une région aussi complexe que le Proche-Orient, Geir Pedersen devra travailler sur l’un des théâtres diplomatiques les plus difficiles du 21ème siècle.

Si le principal mandat de l’envoyé spécial repose sur l’ouverture d’un dialogue entre les différentes parties du conflit, la tâche s’annonce difficile dans le cas du conflit syrien où plusieurs États sont impliqués, qu’ils soient
des acteurs régionaux (Arabie saoudite, Iran, Turquie, Qatar)
ou des puissances internationales (États-Unis, Russie, Chine).
Par ailleurs, l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie, les victoires militaires de Damas et de ses alliés sur l’opposition et l’échec du projet de comité constitutionnel décrédibilisent les Occidentaux et l’ONU dans la résolution du conflit.
Récemment, les opposants à Bachar el-Assad ont d’ailleurs déclaré que le changement d’envoyé spécial de l’ONU en Syrie n’aurait que très peu d’impact sur le sort du pays (10).

Vers la fin du conflit syrien ?

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Alors que l’accord de Genève est au point mort, Geir Pedersen devra donc redoubler d’efforts pour remettre l’ONU au centre du jeu diplomatique et tenter de contenir le bourbier syrien.
« Finalement, le nouveau médiateur a beaucoup de chance puisqu’il arrive à la fin du conflit, sa tâche sera plus facile », affirme Fabrice Balanche.
L’annonce du retrait des troupes américaines en Syrie conforte en effet un peu plus le régime de Damas qui affiche son intention de reconquérir l’intégralité de son territoire (11).
« Donald Trump est réaliste, il ne souhaite pas s’embourber en Syrie. Il préfère partir sur une victoire contre l’État islamique que de voir des bombes exploser et décimer ses troupes comme à Manbij le 16 janvier dernier, souligne le spécialiste de la Syrie. Certains États ont choisi de faire contre mauvaise fortune bon cœur, en essayant de s’accommoder de la présence de Bachar el-Assad et en normalisant leurs relations avec Damas ».
Le processus de réhabilitation du régime syrien a notamment débuté dans le monde arabe, les Émirats arabes unis ayant rouvert leur ambassade à Damas le 27 décembre 2018 (12).

Si la victoire d’Assad semble proche, le nouvel émissaire de l’ONU pourrait faire face à nouveau défi : celui d’une guerre entre l’Iran et Israël qui pourrait avoir lieu… en Syrie (13).

 

Lire également, en lien avec cet article :
Entretien avec Fabrice Balanche – « Avec la fin de la guerre en Syrie, on s’achemine vers une normalisation des rapports avec Damas »Lire sur ce thème :
- La situation de l’« Etat islamique » ou Daesh entre la proclamation du Califat en juin 2014 et après le début des frappes de la coalition anti-terroriste : bilan d’étape et perspectives stratégiques
- La conférence de « Genève 2 » sur la Syrie : l’ombre portée des « absents », au moins aussi importants que les « présents » (2/2)
- Entretien avec Stéphane Valter – Le point sur la Syrie : où en sont le régime, l’Etat islamique, l’intervention russe, les pourparlers de paix engagés à Genève ?
- La réouverture des négociations sur la Syrie à Genève : peu d’avancées tangibles avant de retourner à Astana
- A Astana, la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie
- La bataille de Raqqa, une étape symbolique pour déloger l’Etat islamique de son fief et préparer le futur de la Syrie

LIENS[]EN ROUGE

  1. https://www.lesclesdumoyenorient.com/Syrie-et-Russie-historique-des-relations-de-1946-a-2012.html
  2. https://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec-Clement-Therme-Dans.html
  3. https://www.lesclesdumoyenorient.com/La-bataille-de-Raqqa-une-etape-symbolique-pour-deloger-l-Etat-islamique-de-son.html
  4. https://www.lesclesdumoyenorient.com/A-Astana-la-redefinition-des-rapports-de-force-dans-les-negociations-sur-la.html
  5. https://www.lesclesdumoyenorient.com/La-conference-de-Geneve-2-sur-la-Syrie-les-parties-en-presence-et-leurs.html

Notes :
(1)
https://www-mediapart-fr.iepnomade-2.grenet.fr/journal/international/010617/comment-bachar-al-assad-gaze-son-peuple-les-plans-secrets-et-les-preuves
(2) https://www.theguardian.com/world/2018/apr/14/syria-air-strikes-us-uk-and-france-launch-attack-on-assad-regime
(3) https://www.lesechos.fr/15/12/2016/lesechos.fr/0211594567273_syrie—-le-droit-de-veto-est-une-entorse-au-principe-democratique-de-l-onu-.htm
(4) https://www.lemonde.fr/syrie/article/2018/01/25/negociations-sur-la-syrie-un-dernier-espoir-pour-la-paix_5247014_1618247.html
(5) Entretien téléphonique réalisé avec Fabrice Balanche, le 22 janvier 2019
(6) https://www.theguardian.com/world/2015/jul/30/staffan-de-mistura-man-with-toughest-job-in-world-syria
(7) https://www.lemonde.fr/international/article/2018/10/31/onu-geir-pedersen-choisi-par-antonio-guterres-comme-nouvel-emissaire-pour-la-syrie_5377339_3210.html
(8) https://www.aljazeera.com/news/2019/01/special-envoy-geir-pederson-visit-syria-190115110754731.html

(9) Entretien téléphonique réalisé avec Fabrice Balanche.
(10) https://www.aljazeera.com/news/2019/01/special-envoy-geir-pederson-visit-syria-190115110754731.html (Ibid)
(11) http://www.rfi.fr/moyen-orient/20181220-etats-unis-syrie-retrait-troupes-americaines-allies-denoncent-france-assad-tru
(12) https://www.aljazeera.com/indepth/opinion/uae-bahrain-open-embassies-syria-190107165601089.html
(13) https://www.lepoint.fr/monde/israel-iran-l-autre-guerre-en-syrie-21-01-2019-2287638_24.php

SOURCE/ https://www.lesclesdumoyenorient.com/Geir-Pedersen-l-homme-au-travail-le-plus-difficile-du-monde-peut-il-sauver-la.html


Fabrice Balanche, ex directeur du laboratoire GREMMO désormais chercheur au Washington Institute for near east policy Balanche-726x400   Fabrice Balanche, ex directeur du laboratoire GREMMO désormais chercheur au Washington Institute for near east policy[1]

Entretien avec Fabrice Balanche – « Avec la fin de la guerre en Syrie, on s’achemine vers une normalisation des rapports avec Damas »

Article du 05/02/2019 – par Léa Masseguin – les clés du moyen orient.com

Alors que le nouvel émissaire de l’ONU en Syrie, Geir Pedersen, vient d’effectuer sa première mission à Damas, le spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche revient pour Les clés du Moyen-Orient sur les défis auxquels sera confronté le diplomate norvégien.
Fabrice Balanche est Maître de conférences HDR à l’Université Lyon 2 et Chercheur associé au Washington Institute.
Il a été chercheur invité en 2015-2017 au Washington Institute et en 2017-2018 à l’Université de Stanford (Hoover Institution).

Le nouvel émissaire de l’ONU pour la Syrie Geir Pedersen vient d’achever son premier voyage à Damas et dans la région. Il est le quatrième émissaire en Syrie depuis 2011 et ses trois prédécesseurs ont tous échoué à faire la paix en Syrie.

Comment ce diplomate norvégien peut-il parvenir à résoudre le conflit syrien ?

Le nouvel émissaire de l’ONU pour la Syrie a beaucoup de chance étant donné qu’il a pris ses fonctions à la quasi fin du conflit et que l’on assiste à une victoire militaire de Damas et de ses alliés sur l’opposition.

Bachar el-Assad n’a jamais rien cédé et ce n’est donc pas maintenant qu’il va le faire, alors qu’il est en train de gagner la guerre.

La tâche de Geir Pedersen sera donc plus aisée que ses prédécesseurs. Je pense par ailleurs que le fait qu’il soit Norvégien peut jouer en sa faveur.

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La Norvège a bonne presse à Damas ; une grande ONG norvégienne (Norwegian Refugee Council) est par exemple une des rares à pouvoir travailler à la fois du côté du régime et de l’opposition. Enfin, la Norvège a fait ses preuves au Moyen-Orient, en particulier lors des accords d’Oslo et avec le processus de paix. Comme les autres pays scandinaves, elle a également de gros moyens financiers et mène une politique étrangère neutre et désintéressée, notamment en ce qui concerne le développement.

Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie. 8225479.image  Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie.

Pourquoi les prédécesseurs de Geir Pedersen ont-ils échoué à résoudre le conflit syrien ?

Les deux derniers médiateurs de l’ONU sur la Syrie, Staffan de Mistura et le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, ont tous les deux tenté de jouer les « Messieurs bons offices », mais la communauté internationale n’était pas encore prête à résoudre le conflit, les Occidentaux étant simplement préoccupés par la chute du régime de Damas. Lakhdar Brahimi n’a jamais vraiment cru à sa mission, il savait d’avance que les Occidentaux ne céderaient pas, même si son successeur Staffan de Mistura était un peu plus investi. En revanche, l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan (février – août 2012), avait tout à fait compris ce qui se passait et allait se passer en Syrie si la communauté internationale ne trouvait pas une sortie de crise rapide.

Vous évoquez la fin du conflit en Syrie. Quel bilan peut-on faire du rôle de l’ONU dans cette guerre ?

C’est une défaite totale de l’ONU telle que l’ont considérée les Occidentaux, c’est-à-dire un instrument entre leurs mains depuis la chute de l’URSS en 1991.

La victoire de Bachar el-Assad et de la Russie a prouvé que l’ONU ne fonctionnait plus de cette manière-là. Nous sommes revenus à l’ONU de la Guerre Froide.

Désormais, beaucoup d’États qui soutenaient l’opposition tentent donc de faire contre mauvaise fortune bon cœur avec le régime de Damas et de s’accommoder de la présence de Bachar el-Assad.
  • Récemment, les Émiratis ont par exemple rouvert leur ambassade à Damas
  • le régime syrien a annulé les visas spéciaux pour les diplomates européens qui faisaient la navette entre Beyrouth, lieu de leur résidence, et Damas afin que les gouvernements européens et l’Union européenne rouvrent également leurs ambassades dans la capitale syrienne.

On s’achemine vers une normalisation des rapports avec Damas dans beaucoup de pays.

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L’annonce du retrait des troupes américaines en Syrie est-elle une illustration de cette défaite occidentale ?

Donald Trump est réaliste, il ne souhaite pas s’embourber en Syrie. Il préfère partir sur une victoire contre l’État islamique que de voir des bombes exploser et décimer ses troupes comme à Manbij le 16 janvier dernier.

Par ailleurs, la situation économique dans le Nord-Est de la Syrie, dirigée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), est désastreuse. Il faudrait un plan Marshall, des milliards de dollars, pour rétablir une situation économique convenable. Or, Donald Trump et l’Europe ne souhaitent pas investir, d’autant que le PKK est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et que la Turquie s’y opposerait.

ONU L'ONU à Genève, siège européen6537960.image  L’ONU à Genève, siège européen

Le métier d’émissaire de l’ONU en Syrie est considéré comme le « plus difficile du monde ». Êtes-vous d’accord avec ces termes ?

Effectivement, c’est un métier extrêmement difficile car l’émissaire de l’ONU en Syrie joue le rôle de « Monsieur bons offices », mais il n’a pas de pouvoir de décisions, il est tenu par les accords trouvés entre les États membres de l’ONU. Lakhdar Brahimi souhaitait déplacer le Secrétariat de Genève à New York afin d’être plus proche du Conseil de sécurité mais cela n’a pas abouti.

En Syrie, le projet de « comité constitutionnel » a t-il encore des chances d’aboutir ?

Une éventuelle réforme de la constitution syrienne ne peut être que cosmétique. A titre d’exemple, la loi sur la décentralisation à l’échelle des municipalités sera présentée comme une avancée majeure alors qu’elle ne remettra nullement en cause le pouvoir central.

L’objectif de Damas est de reconstituer au niveau local une base politique en cooptant les anciens activistes et les nouveaux notables issus de la guerre.

Il s’agit également de confier la reconstruction au niveau local pour plus d’efficacité mais également pour que le mécontentement se porte sur l’échelon municipal et non sur le national en cas d’échec. Certes, des élections présidentielles auront lieu en 2021, mais j’imagine mal la population syrienne s’exprimer librement à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Malgré l’insistance de l’Union européenne, Bachar el-Assad n’acceptera jamais que les réfugiés puissent voter en-dehors des consulats de Syrie.

Tout le monde souhaite que la Syrie se reconstruise, sans quoi les problèmes des réfugiés et du terrorisme ne feront que s’aggraver. La démocratie ne peut pas s’installer sur un champ de ruine, mais au cours d’un processus de développement.

Or, il ne peut y avoir de développement sans stabilité politique.

Il faut donc d’abord parler reconstruction avant de discuter de la démocratie en Syrie.

Le risque est que le soutien occidental à la reconstruction n’aboutisse qu’au renforcement de l’autoritarisme, comme c’est déjà le cas en Égypte, et que Bachar el-Assad s’en tienne là. Le nouvel émissaire de l’ONU ne pourra obtenir que de vagues promesses à l’égard du retour des réfugiés et d’élargissement des prisonniers politiques.

Toute ouverture démocratique est considérée à Damas comme un affaiblissement stratégique malvenu dans le contexte croissant d’une confrontation entre l’Iran et Israël avec la Syrie comme terrain d’affrontement

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LIENS[]

  1. https://www.lelanceur.fr/fabrice-balanche-sur-le-dossier-syrien-la-domination-dune-ecole-de-pensee-marque-la-fin-du-pluralisme/

Lire également les articles de Fabrice Balanche :
- Les Alaouites et la crise politique en Syrie
- Entretien avec Fabrice Balanche – Quelle perspective pour la Syrie ?
- Entretien avec Fabrice Balanche – Où en est la situation en Syrie ?
- Fabrice Balanche, Atlas du Proche-Orient arabe
- Fabrice Balanche, Géopolitique du Moyen-Orient

SOURCE/

https://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec-Fabrice-Balanche-Avec-la-fin-de-la-guerre-en-Syrie-on-s-achemine.html

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