Mise à mal du droit de manifester, le fléau qui vient de loin | La plume d’un enfant du siècle

Mise à mal du droit de manifester, le fléau qui vient de loin

Alors que le gouvernement et Emmanuel Macron tablaient assurément sur un tassement de la mobilisation des Gilets Jaunes en ce début d’année 2019, le huitième acte qui s’est tenu samedi dernier a, au contraire, semblé démontrer que le mouvement s’était revigoré et que la mobilisation repartait à la hausse. En dépit des fêtes de fin d’année, des annonces de l’exécutif censées (dans sa logique) faire revenir le calme et de la stratégie de la peur employée par le pouvoir, les Gilets Jaunes sont encore présents et ne semblent pas prêt d’abandonner ronds-points et manifestations le samedi – ce qui tend à prouver qu’une action menée le week-end est plus à même de s’inscrire dans la longévité.

Après avoir tout tenté ou presque pour éteindre le mouvement (stratégie de la peur en annonçant qu’il y aurait des morts lors d’actes précédents, déploiement démesuré des forces de l’ordre, tentative de laisser pourrir le mouvement pour le couper du soutien populaire ou encore violences manifestes à l’égard des manifestants), Emmanuel Macron et son gouvernement essayent manifestement depuis quelques jours de réduire les Gilets Jaunes à des hordes de violents uniquement là pour en découdre. De l’expression « foules haineuses » utilisée par Monsieur Macron aux annonces liberticides d’Edouard Philippe lundi soir lors du JT de TF1 en passant par les provocations irresponsables de Benjamin Griveaux, c’est une seule et même dynamique qui s’affirme : celle de vouloir criminaliser le mouvement en tentant de faire sombrer le pays dans un manichéisme primaire où le tout sécuritaire deviendrait nécessaire.

Le deux poids deux mesures

Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes nous avons vu se mettre en place un deux poids deux mesures proprement insupportable. Relayé tant par le gouvernement que par les principaux médias dominants, le refrain condamnant les violences commises lors des rassemblements de Gilets Jaunes à l’égard, au choix, de l’Arc de Triomphe, de certains journalistes ou d’une préfecture a été répété jusqu’à l’écœurement tandis que dans le même temps, ces personnes demeuraient bien silencieuses sur les violences policières nombreuses recensées par les manifestants ou des spécialistes de l’étude du maintien de l’ordre. Lundi soir, Edouard Philippe n’a pas fait autre chose. En venant annoncer qu’il avait pour intention de durcir les lois sur la liberté de manifester, le locataire de Matignon a totalement éludé les violences policières, des flashball éborgnant les manifestants aux coups portés par les forces de l’ordre en passant par les multiples humiliations subies par des lycéens ou des manifestants.

Il me semble que s’évertuer à ne dénoncer qu’une seule et unique violence en taisant les deux autres, celle qui génère la violence critiquée et celle utilisée pour faire taire la contestation sociale revient à jouer au pyromane. Refuser de voir les violences policières revient à les légitimer et à transformer ce qui nous est présenté comme des bavures en violences d’Etat. En agissant de la sorte, le gouvernement souhaite assurément rappeler avec fracas qu’il a le monopole de la violence légitime et, ce faisant, ne fait que générer encore plus de violence. Les véritables violents, les vrais responsables sont ceux qui se retranchent dans leur tour d’ivoire et attisent l’incendie. Il est très rare d’avoir un symbole aussi pur de ce deux poids deux mesures que ce qu’il s’est passé samedi à des centaines de kilomètres d’intervalle. Alors que Christophe Dettiner était cloué au pilori médiatique et bientôt interpellé pour avoir frappé un policier, à Toulon Didier Andrieux, un officier de police, molestait une personne sans être inquiété puisque le procureur de la ville a décidé de ne pas ouvrir d’enquête à son encontre.

Plutôt que la dérive, l’extension autoritaire

Lors de son intervention au JT de TF1, Edouard Philippe a fait une annonce principale concernant l’aspect sécuritaire. Vantant une démarche d’ultra-sévérité, le Premier ministre a expliqué qu’il souhaitait mettre en place un ficher de manifestants violents afin d’empêcher ces personnes de manifester. Ces mesures ô combien liberticides se fondent sur ce qui se fait déjà depuis de très nombreuses années pour les supporters de football avec l’interdiction administrative de stade qui vise à « éviter de manière préventive » des troubles futurs et, comme son nom l’indique, n’est pas prononcée par la justice mais par les préfets.

Il ne s’agit pas, ici, de dire que les ultras avaient raison avant tout le monde ou de remettre au goût du jour la métaphore sur la grenouille ébouillantée qui ne se rend pas compte qu’elle est en train de cuire mais simplement de montrer que ce que l’on place avec paresse intellectuelle sous le vocable de dérive autoritaire n’est en réalité qu’une extension de l’appareil sécuritaire et autoritaire déjà en place dans certaines portions de la société sans que cela ne choque grand monde. Tout cela revient à dire qu’il existe des parties de la population (supporters de football, populations des banlieues racisées et populaires notamment) qui luttent depuis des années contre l’arbitraire de l’Etat et les violences policières (Casti, un supporter montpelliérain a par exemple été éborgné par un flashball il y a des années et on ne compte plus les affaires de violences policières dans les banlieues). Ce que nous voyons se mettre en place n’est finalement que la généralisation du laboratoire qu’ont été les stades de foot et les banlieues.

Le double mépris

A travers ses annonces, il est indéniable qu’Edouard Philippe – et donc de facto Emmanuel Macron – a fait preuve d’un mépris sans nom à l’égard de ceux qui se battent pour leurs droits sociaux depuis des semaines. Alors même qu’ils sont sur les ronds-points et dans les villes de France tous les samedis depuis, le seul message qu’on leur oppose est de revaloriser le salaire des forces de l’ordre et de promouvoir des lois liberticides. Il ne me parait pas exagéré d’y voir l’aboutissement du mépris d’un pouvoir qui ne se soucie plus des revendications populaires et qui est lancé tel un bulldozer vers le cap qu’il entend tenir. Là est assurément la première source de violences.

Il y a toutefois un autre niveau de mépris à mon sens et il concerne les supporters de foot. Dès lundi soir, de nombreuses voix se sont élevées pour faire remarquer que la pente prise par l’exécutif était celle que subissait les supporters depuis des années. L’Association nationale des supporters a publié un communiqué de presse allant dans ce sens, expliquant que les interdictions de manifestation étaient l’aboutissement d’une logique démarrée avec les supporters. En réponse, nombreuses ont été les personnes à mépriser ce discours et à dire que les manifestations n’avaient rien à voir avec la liberté d’aller dans un stade de foot, la palme revenant assurément au syndicat de la magistrature qui dans un tweet plein de mépris a craché à la figure des supporters de foot en expliquant, si on lit entre les lignes, qu’ils étaient des sous-citoyens. Cela est déjà grave en soi mais devient dramatique lorsque l’on sait que c’est précisément cette division qui a permis aux idées sécuritaires et liberticides d’avancer. Un peu comme la plupart des journalistes ne semblent se lever que quand ce sont leurs libertés qui sont en danger, le syndicat de la magistrature fait montre d’une inconséquence absolument incroyable. Il serait temps de rappeler à tous ces prétendus chantres des libertés individuelles que se contenter de défendre les libertés des gens qui nous ressemblent ne revient finalement qu’à défendre ses petits intérêts et assurément pas la liberté.

Crédits photo: 20 Minutes

Source : Mise à mal du droit de manifester, le fléau qui vient de loin | La plume d’un enfant du siècle

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