3030 – La nouvelle émergence de la Russie … En cinq parties … – Sans a priori

3030 – La nouvelle émergence de la Russie … En cinq parties …

1/ — Intervention de l’ambassadeur de Russie à Paris –  S.E.M.Alexey MESHKOV.

2/ —  La nouvelle émergence de la Russie

3/ —  Russie, quelle vision politique pour la Russie au XXIème siècle ?

4/ —  La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique

5/ —  Conclusions sur la nouvelle émergence de la Russie


 

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1/ — Intervention de l’ambassadeur de Russie à Paris –  S.E.M.Alexey MESHKOV.

Par Alexeï Mechkov −  19 Octobre 2018 –

Je tiens à remercier la direction de l’Académie géopolitique de Paris de l’initiative d’organiser cette conférence et de l’attention que votre prestigieuse institution réserve à la Russie et à nos relations bilatérales avec la France. Notre rencontre porte sur la nouvelle émergence de la Russie. Regardez un peu l’éclat avec lequel les bulbes du Centre culturel et spirituel orthodoxe russe où nous sommes réunis se détachent sur le ciel parisien. Je pense que vous conviendrez qu’il est difficile de trouver un autre endroit qui incarnerait aussi brillamment, dans le sens premier du terme, l’émergence de mon pays.

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Russie Ambassadeur de Russie en France 21-10-2018 Artem-Studennikov3   Artem STUDENNIKOV,

Sans vouloir donner le ton à la conférence, encore moins anticiper ses conclusions, je prendrai la liberté de faire quelques remarques introductives.

Je n’ai pas de doute que je n’ai nul besoin de m’étendre devant cette assemblée de connaisseurs sur le chemin parcouru par la Russie lors de ce dernier quart de siècle ni de rappeler l’état dans lequel elle se trouvait dans les années 1990. En regardant en arrière, il devient clair qu’à l’époque nous avons marché sur le bord du précipice. La Russie a commencé à se remettre sur ses pieds dans les années 2000 et elle est devenue la sixième économie du monde, un acteur fort et indépendant dont même nos plus farouches détracteurs reconnaissent le rôle indispensable dans la résolution de tout problème international important.

Les Occidentaux s’interrogent souvent sur les ressorts du si grand soutien populaire dont bénéficie le Président Vladimir Poutine.

Sauf qu’il n’y a aucun secret. Les gens ont tout simplement pu constater dans leur chair l’évolution de leur pays au cours des dernières années.

Le retour de la Russie sur la scène internationale s’est opéré dans un contexte historique particulier de la formation d’un monde polycentrique.

Nous voyons les nouveaux centres d’influence globaux et régionaux en train de s’affirmer en Asie, en Amérique Latine.

Des processus dynamiques se déroulent en Afrique.

L’ordre occidentalo-centrique qui a duré 500 ans est en passe de rejoindre le passé. Il n’est pas étonnant que certains le vivent mal.

Russie Sergueï Lavrov à l'ONU image1024x768  Sergueï Lavrov

En intervenant à l’Assemblée générale des Nations unies le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dit :

« Il y a d’un côté le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial, la formation de nouveaux centres de la croissance économique, la volonté des peuples de préserver la souveraineté.
De l’autre – le désir d’un certain nombre d’États occidentaux de conserver le statut autoproclamé de leaders mondiaux, de freiner l’irréversibilité du processus objectif de la formation de la multi-polarité.
Tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif, y compris le chantage politique, la pression économique et la force primitive.
Ces actions illégales ont pour conséquence la dépréciation du droit international ».

La transition vers un monde polycentrique est un processus objectif. Les tentatives visant à le contenir sont vouées à l’échec. Mieux encore, elles résultent souvent dans son accélération. L’exemple des sanctions antirusses qui ont stimulé le développement de notre industrie et de notre agriculture en est une illustration.

Quelles sont les conséquences du désir des États-Unis de se servir de leur monnaie nationale afin de faire pression sur d’autres pays ?

Outre la Russie et la Chine, l’Union européenne a reconnu le besoin de dédollariser l’économie mondiale.

Sur ce plan, il est difficile d’être en désaccord avec le président Emmanuel Macron qui, à l’Assemblée générale des Nations unies, militait en faveur d’un ordre mondial multipartite basé sur le droit international et le jeu collectif au lieu de la loi du plus fort.

Contrairement aux temps de la guerre froide, le polycentrismed’aujourd’hui n’est pas idéologique, quelles que soient, par exemple, les différences qui existent entre la Chine et les États-Unis.

La montée en puissance de nouveaux centres d’influence s’opère dans une grande partie justement suite au passage du flambeau du développement économique aux autres régions du monde. Par conséquent, il ne s’agit pas d’une offensive à l’encontre de la démocratie, contrairement aux représentations faites parfois en Occident. Il s’agit de la fin de la domination sans partage d’un groupe d’États sans que leur modèle de société ne soit concerné. Il y a en France un vif débat sur les possibles implications du retour de la Russie. À en juger par les derniers rapports gouvernementaux, d’aucuns y voient un défi, voire une menace. D’autres regardent la Russie en tant que partenaire naturel, facteur important de la stabilité et la sécurité globale.

À ce propos, je souhaite rappeler que dans les années 1990, la Russie affaiblie a été obligée de se mettre à l’écart des affaires. On a connu l’avènement d’une époque qu’Emmanuel Macron a qualifiée dans son allocution devant l’Assemblée générale de période de la domination d’une superpuissance. Les Américains et leurs alliés ont reçu carte blanche pour gouverner le monde.

Comment s’en sont-ils servis ?

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. J’ai la conviction que la Russie est revenue à temps pour arrêter cette succession de destructions d’États au Moyen-Orient, à commencer par la Syrie.

Une Russie indépendante, forte, sûre d’elle n’est pas du goût de tout le monde.

Quelles n’ont pas été les accusations portées à l’encontre de mon pays au cours de toutes ces années. Violations des droits de l’homme. Ingérence dans les affaires internes des États occidentaux. Agressions de pays voisins. Ces derniers temps tout le monde a attrapé l’espionite et aggrave l’hystérie autour des pirates informatiques et des services secrets russes.

Je conseille toujours à ces accusateurs de de regarder dans un miroir. De chercher la poutre dans son œil.

  • Est-ce la Russie qui a bombardé la Serbie ?
  • Qui a créé le précédent de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo ?
  • Qui a envahi l’Irak et a détruit la Libye ?
  • Qui a soutenu les islamistes en Syrie et les néonazis en Ukraine ?
  • Peut-être y en a-t-il qui croient que les pays de l’OTAN n’interfèrent pas avec les affaires internes de la Russie, ne l’espionnent pas, ne la visent pas par des attaques informatiques ?

Nous avons une blague à ce sujet.

On informe le secrétaire général de l’ONU que la Russie est devenue plus agressive. À sa question de savoir pourquoi, on lui explique qu’elle a rapproché son territoire des bases militaires de l’OTAN.

Ce n’est pas l’émergence de la Russie qui est à l’origine de la situation en Europe et dans le monde que les experts ont déjà baptisé « la deuxième guerre froide ». Après l’éclatement de l’URSS, nous espérions sincèrement la formation d’un espace commun sécuritaire, économique et humain de l’Atlantique à Vladivostok dans la droite ligne des idées de Charles de Gaulle sur l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Or, déjà dans les années 1990, l’Occident a choisi une autre voie, celle du renforcement de l’OTAN et de sa progression vers nos frontières, de la lutte pour des sphères d’influence dans l’espace post-soviétique.

La reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie en 2008, la réunification avec la Crimée en 2014 n’ont été que réaction inévitable de la Russie à la politique menée par les pays occidentaux. Nous avons essayé de suivre la logique de l’intégration. Nous avons été forcés de passer à la logique de l’autodéfense et de la protection de nos intérêts sécuritaires fondamentaux.

À l’occasion de la conférence des ambassadeurs français, Emmanuel Macron disait que le statu quo continental ne pouvait satisfaire personne.

Il appelait à revoir l’architecture de la sécurité européenne à travers un dialogue avec la Russie, et non contre elle. Nous ne pouvons que saluer cette attitude réaliste et perspicace, d’autant plus que ces dernières années la Russie n’a eu de cesse de proposer de construire ensemble un nouveau système non confrontationnel de la sécurité en Europe basé sur les principes de l’égalité et de l’indivisibilité de la sécurité.

Nous sommes prêts à travailler ensemble dans cette direction.

Il est temps de renoncer à la propagation de l’image de l’ennemi, de surmonter la méfiance réciproque. J’ai la conviction que tout comme à l’époque de la guerre froide la Russie et la France pourraient devenir des locomotives de la réforme de la sécurité européenne, d’une nouvelle détente, si vous voulez.

Bien naturellement, les chances de ce processus d’aboutir seront conditionnées par la capacité de l’UE et de ses principales puissances d’agir indépendamment des États-Unis, selon les intérêts de notre maison commune européenne, plutôt que ceux d’un Oncle Sam d’Outre-Atlantique.

J’espère que cette conférence contribuera à forger en France une réaction correcte à l’égard de l’émergence de la Russie qui ne constituerait pas une menace, mais serait un renforcement d’un partenaire naturel et sûr, avec lequel elle pourra bâtir une économie plus compétitive, renforcer sa sécurité et son autonomie stratégique et, en général, regarder plus sereinement en face les défis du XXI siècle.

france-l_ambassadeur-de-russie-en-france-alexec3af-mechkov-1035490073  Alexeï Mechkov – Ambassadeur de Russie en France

Intervention de Son Excellence l’Ambassadeur de Russie en France, Monsieur Alexeï Mechkov à la conférence de l’Académie géopolitique de Paris le 15 octobre 2018 au Centre culturel et spirituel orthodoxe russe Quai Branly 40-50 Boulevard Lannes, 75116 Paris France – tel. (33) 145-04-05-50 – fax. (33) 145-04-17-65 e-mail: ambrusfrance@mid.ru

 

source/ http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/lintervention-de-s-e-m-alexey-meshkov/

http://lesakerfrancophone.fr/intervention-de-lambassadeur-de-russie-a-paris

2/ —  La nouvelle émergence de la Russie

France Géopolitique Directeur Ali RASTBEEN RASTBEEN-Ali-1            DR ALI RASTBEEN, PRÉSIDENT DE L’ACADÉMIE DE GÉOPOLITIQUE DE PARIS. SPÉCIALISTE DE L’IRAN ET DES QUESTIONS STRATÉGIQUES ET ÉNERGÉTIQUES AU MOYEN-ORIENT. DIRECTEUR DES PUBLICATIONS DE L’ACADÉMIE DE GÉOPOLITIQUE DE PARIS – AGP. DIRECTEUR DE LA REVUE GÉOSTRATÉGIQUES DE L’IIES.

Les événements historiques des dernières années du XXe siècle sont marqués par la disparition du système socialiste en Union soviétique.

Depuis le début du 21ème siècle, la Russie constitue le principal défi à l’Eu­rope et des États-Unis.

La victoire sans guerre des États-Unis, à la tête de l’OTAN et de l’Occident, contre l’Union des républiques socialistes soviétiques et dont la reddition fut préparée par Washington, Londres, l’Allemagne et la France et si­gnée par Gorbatchev, fut le début de ce défi.

Par la chute du pacte de Varsovie, la principale préoccupation de l’Occident consistait à remplir le vide du pouvoir avec l’aide d’anciens transfuges.

Un groupe composé d’opposants à la Russie alliés des Américains, s’est substitué aux anciens régimes communistes, créant une ligne de démarcation entre la Russie fédérative et les principaux membres de l’OTAN.

La violence guerrière de l’OTAN en vue de détruire la Yougoslavie était plus flagrante qu’à l’égard d’autres pays d’Europe de l’Est, sous couvert de propagandes ethniques et religieuses,  de 1990 à 2005.
L’intervention de l’OTAN en Serbie a provoqué des crimes qu’il serait dérisoire de qualifier de crimes contre l’huma­nité, notamment par l’utilisation de missiles doté d’uranium appauvri au Kosovo.

Suite à cette guerre ciblée, le mot « balkanisation » a retrouvé sa place dans la littérature politique dans le sens de désintégrer un pays.

Cette expression a été utilisée comme modèle pour le projet stratégique de la création du « Grand Moyen-Orient » sur un territoire aussi vaste que le califat des Abbassides, et dont les prémisses ont été l’attaque en Irak par l’armée américaine.

Pour compléter, l’installation du système néocolonial commencé par l’instaura­tion des États indépendants dans les colonies asiatiques et africaines, l’OTAN de­vait régler ses problèmes avec la Fédération de Russie et la Chine en particulier dans les territoires du centre et de l’ouest de l’Asie, où sont apparues les nouvelles républiques issues de la désintégration de l’Union soviétique, qui attisaient l’appétit des néo-conservateurs en Occident.

La politique extérieure de la Russie a deux priorités : la défense de ses intérêts économiques, et le maintien dans son orbite des États issus de l’Union soviétique.

La Russie entend préserver, avec des moyens économiques et militaires limités, son statut de puissance mondiale.

Ce statut provient de sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, ce qui lui permet d’aborder tous les grands dossiers de politique internationale et d’être associée à leur règlement, et pour un grand nombre de crises régionales dans lesquelles sa diplomatie est engagée, que ce soit en Asie, au Moyen-Orient en Afrique ou dans les Balkans.

Le président de la Fédération de Russie sait comment mesurer et augmenter le pouvoir de la Russie au Moyen-Orient, tel un Bismarck entre les Arabes, la Turquie et Israël.

Le président russe, à l’occasion de sa tournée dans la région et après y avoir rencontré le Président Assad, a déclaré que la Russie conservera ses installations maritimes dans le port de Tartous.

Dans sa période post-déclin, la Russie avait connu des stagnations, en essayant de stabiliser son processus de politique étrangère.

De l’approche euro-atlantique, à l’euro-asiatisme, il semble que l’ère de Poutine a été une période de stabilité pour la politique étrangère russe.

RUSSIE 29966488_18854849.limghandler      Vladimir Poutine

Poutine est une épée experte : tout en étant fidèle à l’approche de la « tolérance stratégique » qui a caractérisé les années après la décadence, il a fait du « pragmatisme agressif » pour jouer plus efficacement.

Les experts estiment que l’époque de Poutine transforme naturellement la Russie en « grande puissance moderniste »,  et Poutine lui-même paraît maintenant comme Eisenhower ou  Roosevelt.

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Les soldats de Poutine en Syrie signalent que le déclin de Daech a commencé, le Président Assad est maintenu au pouvoir, l’armée syrienne est encore réarmée et poursuit un cessez-le-feu.
Poutine a annoncé le retrait des troupes russes de la Syrie en position de force, et se fait appeler« empereur du Moyen-Orient », ayant appris de bonnes leçons de Brejnev. De même que l’ancien président soviétique avait placé des unités Tadjik-Musulmans de l’armée soviétique à l’ouest de Kaboul, alors Poutine a également mis en place des troupes musulmanes tchétchènes pour déployer l’armée russe à Palmyre en Syrie.
Poutine a voyagé en Iran, en Turquie, en Syrie et en  Égypte, réunissant les partisans d’Assad et les rebelles à une table ronde, et invitant Netanyahou et Lieberman à Moscou.
Il a ramené le Roi d’Arabie saoudite à la capitale russe, et annexé la Crimée à la Russie.
Il semble que le Kremlin est devenu le cœur du Moyen-Orient, alors que Poutine prend l’allure d’un « homme d’État international », profitant de la baisse de l’influence de l’Amérique et la colère contre la décision du Président Américain, de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël.
Poutine a donc adopté une stratégie à multiples facettes : d’une part, il a renforcé l’influence de son pays dans le sud et la Méditerranée avec l’entrée en Syrie, la vente de missiles balistique S-400 à la Turquie, d’autre part il a poussé le pays à entrer dans le circuit moscovite, et, a prévu la Turquie comme un pont entre Moscou, l’Europe et les États-Unis ; avec ses activités en Égypte, l’influence du Kremlin atteint également la Corne de l’Afrique.
Poutine, grâce à son opportunisme stratégique et à l’exploitation de la réticence américaine au Moyen Orient, renforce les liens avec les capitales, de l’époque soviétique.

Par son intervention magistrale, le Président russe a apporté stabilité et ouverture dans une région turbulente et repliée sur elle-même.

Il s’appuie sur ses immenses réserves énergétiques  et refusent toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures. Lors d’un entretien il a déclaré : « Nous assurons notre propre sécurité. Nous développons nos industries de défense et nous sommes sûrs de nous. »


source/http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/la-nouvelle-emergence-de-la-russie/

3/ —  Russie, quelle vision politique pour la Russie au XXIème siècle ?

france géopolitique Emmanuel-LEROY       Emmanuel LEROY, Consultant et Président d’Urgence Enfants du Donbass

Russie, quelle vision politique pour la Russie au XXIème siècle ?

Emmanuel LEROY, Consultant et Président d’Urgence Enfants du Donbass

Introduction  

1/ Les origines profondes de la russophobie

2/ Que veut faire la Russie ?

RUSSIE Maison Blanche du Gouvernement Russe à Moscou Architecture-Russian-Federation-2-White-House-Moscow-06  Maison Blanche du Gouvernement Russe à Moscou

Introduction  

Avant d’aborder ce qui serait aujourd’hui la vision du monde des héritiers de Vladimir 1er, prince de Novgorod et Grand-Prince de la Rus’ de Kiev, je crois nécessaire d’essayer de comprendre pourquoi la Russie est l’objet de tant de haine de la part des élites qui gouvernent l’occident.

Répondre à cette question me parait important car souvent, trop souvent de mon point de vue, depuis le règne de Pierre le Grand, le pouvoir en Russie a eu tendance parfois, à calquer sa politique en réaction ou à l’imitation de l’occident, sans percevoir toujours très clairement les forces véritables qui sont à l’œuvre dans la vision du monde occidentale.
Cette tendance lourde a bien évidemment favorisé cette fameuse querelle opposant les slavophiles aux occidentalistes à laquelle l’URSS n’a pas échappé, et dans laquelle la Russie de Vladimir Poutine baigne encore, séparant deux visions du monde antagonistes qu’incarnent parfaitement aujourd’hui des personnalités comme Sergueï Glaziev pour le camp conservateur slavophile ou comme Alexeï Koudrine pour le camp libéral occidentaliste.

Sergueï Glaziev & Alexeï Koudrine

Définir ce que souhaite le camp libéral n’est pas très difficile, il nous suffit de regarder à quoi ressemble l’occident aujourd’hui, à savoir

des sociétés où toute notion de solidarité a disparu, où l’argent règne en maître, où l’homosexualité et le mariage pour tous sont promus comme une norme, et où l’on augmente l’âge de la retraite tout en ouvrant les vannes de l’immigration au lieu de promouvoir la natalité.

La faction libérale en Russie est pratiquement absente du champ électoral comme on l’a vu ces dernières années avec les résultats du parti Labloko,

mais elle est en revanche surreprésentée dans les médias – contrairement à ce que l’on pense en occident – dans la sphère économique et au sein du gouvernement où aux côtés du Premier ministre siègent d’autres ministres qui ont parfaitement intégré la théorie de la « main invisible » dans leur vision du monde.

Il est plus difficile de définir précisément ce que souhaitent lesconservateurs russes car il y a plusieurs approches possibles du conservatisme :

  • – il y a celle incarnée par le club Stolypine de M. Glaziev qui au rebours des idées libérales d’Adam Smith souhaiterait un État interventionniste sur le modèle de l’Allemagne de Bismarck influencée par les idées de Friedrich List et de son « protectionnisme éducateur ».
  • –Il existe aussi un conservatisme slaviste que l’on pourrait qualifier de social-chrétien et qui s’inspire d’auteurs comme Berdiaev, Soloviev, Iline, Dostoïevsky ou encore Soljenytsine mais qui ne semble pas avoir trouvé de traduction politique dans le paysage russe contemporain.
  • – Et il existe enfin, grand paradoxe, un conservatisme communiste dont la permanence peut s’analyser non seulement comme une réaction aux dérives libérales de la Russie sous Boris Eltsine mais également comme un contrepoids à l’hégémonie du parti majoritaire – lorsque celui-ci est perçu comme trop libéral – comme on vient de le voir récemment à Vladivostok.

Autre paradoxe de la société russe contemporaine est celui incarné dans les plus hautes sphères de l’État où est promue une vision conservatrice et multipolaire du monde, en réaction à la vision unipolaire et totalitaire de l’occident,

tout en ayant conservé au plan institutionnel une constitution occidentalo-compatible héritée des années Eltsine et permettant sur le plan économique la mise en place d’une praxis ultra-libérale que ne désavouerait pas l’École de Chicago.

Il s’agit là d’une contradiction idéologique majeure que la Russie devra trancher tôt ou tard, et le plus tôt dans l’intérêt du peuple russe lui-même sera le mieux.

Pour mieux comprendre en quoi la Russie d’aujourd’hui incarne, presque malgré elle, l’opposition absolue au système occidental, il faut se pencher d’abord sur les origines profondes de la russophobie, ensuite nous devrons répondre à la question délicate « Que veut faire la Russie ? ».

1/ Les origines profondes de la russophobie

France Historien Fernand Braudel (1902-1985) picture  Fernand Braudel (1902-1985)

Au fil du temps et de mes réflexions, j’ai acquis la conviction que l’on ne peut comprendre les événements géopolitiques sans avoir présent à l’esprit ce que le grand historien Fernand Braudel appelait la longue histoire et qui renvoie en quelque sorte à l’aphorisme de Nietzsche selon lequel

« l’homme de l’avenir sera celui qui aura la plus longue mémoire ».

Si l’on refuse l’idée que la plupart des guerres, des coups d’état, des « révolutions de couleur » auxquels nous assistons relèvent d’une très ancienne vision du monde que j’appelle l’Idéologie anglo-saxonne, on se trouve alors dans la situation d’un médecin traitant un cancer avec de l’aspirine.

Qu’est-ce que l’idéologie anglo-saxonne ?

C’est ce que Kipling a appelé Le Grand Jeu lors de l’affrontement des empires russe et britannique dans ce qui n’était pas encore l’Afghanistan. Mais le Grand jeu

  • c’était aussi l’éradication du catholicisme en Angleterre sous Cromwell,
  • c’était la politique des William Pitt, père et fils, dans l’avènement de la révolution française et de la prise de contrôle de la France après la défaite de Waterloo,
  • c’était la politique impériale de Benjamin Disraeli,
  • c’était la guerre du Japon contre la Russie en 1905 et la 1ère révolution qui suivit, financée par les banques anglo-saxonnes,
  • tout comme la révolution bolchevique de 1917,
  • ce furent les deux guerres mondiales et ce jeu, car pour eux c’est un jeu, même s’il est souvent cruel, continue jusqu’à aujourd’hui avec l’Afghanistan, la Lybie, la Syrie, la Géorgie, l’Ukraine, le Yémen etc..

Je n’aurai pas le temps en quelques minutes de vous résumer 5 siècles d’histoire européenne et a fortiori mondiale, aussi, je voudrais juste esquisser devant vous quelques pistes de réflexion afin que vous creusiez vous-même dans cette direction si vous l’estimez nécessaire.

angleterre francis-drake  Francis Drake

Le grand rêve de puissance et d’hégémonie mondiale de l’oligarchie anglaise est né, selon moi, au retour de l’expédition autour du monde du pirate Francis Drake le 26 septembre 1580

où la part du butin volé aux Espagnols et réservée à la reine Élisabeth représentait selon certaines sources une fois et demie le budget annuel du royaume.

angleterre Portrait of Sir Walter Raleigh 1554 - 1618                   English School 18th, Century. Portrait of Sir Walter Raleigh ..

Francis Drake est probablement devenu après ses exploits le modèle à suivre et parmi ses nombreux admirateurs, un en particulier mérite d’être retenu, Walter Raleigh (cf. controverse École de la nuit), car il est le premier à avoir conceptualisé l’idée d’hégémonie anglo-saxonne sur le monde. En effet, ce gentilhomme, un peu pirate lui aussi, eut le temps d’écrire avant sa mort un ouvrage intitulé l’Histoire du monde et dans lequel il affirme :

« Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ».

C’est là, à partir de cet exploit de piraterie exceptionnel, qu’est née cette idée de parvenir à la suprématie mondiale par la puissance maritime et l’accaparement des richesses d’autrui.

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le géopoliticien britannique Sir Halford John Mackinder (1861-1947),

Mais ce qu’il faut bien comprendre – et c’est cela qui est véritablement révolutionnaire – c’est que cette idée s’est transmise de génération en génération à travers les siècles au sein des élites anglo-saxonnes notamment chez le Britannique Mackinder dont la formule maîtresse est

« Qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde »

usa Nicholas Spykman, L'invention de la géopolitique américaine thumb.php                 Nicholas Spykman, L’invention de la géopolitique américaine

et qui s’est transformée chez l’Américain Spykman dans la formule plus ramassée

« Qui contrôle le rimland gouverne l’Eurasie ; qui gouverne l’Eurasie contrôle les destinées du monde ».

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à trois siècles de distance, ces trois personnages partagent tous l’idée de domination du monde et c’est là véritablement qu’il faut comprendre la nature profonde de cette idéologie.

Mais alors en quoi cette idéologie anglo-saxonne serait-elle russophobe ?

Elle n’est pas spécifiquement russophobe,

  • elle a d’abord été francophobe,
  • puis hispanophobe,
  • puis à nouveau francophobe,
  • puis germanophobe,

mais il se trouve qu’après les défaites successives

  • de l’Espagne à la fin du XVIIème siècle,
  • de la France en 1815,
  • des empires centraux en 1918
  • et du monde germanique en 1945,

il ne reste plus qu’un protagoniste sur le continent eurasiatique à s’opposer aux Anglo-Saxons, et c’est le peuple russe.

Voilà brièvement résumées, les causes profondes de la russophobie et tant que l’on n’a pas intégré cette vision de la longue histoire, on ne peut comprendre véritablement la nature des conflits qui sont en cours.

Ces conflits sont des étapes, des épiphénomènes dans le Grand jeu de contrôle des destinées de l’humanité par la nomenklatura anglo-saxonne

et la Russie est le dernier grand obstacle qui se dresse devant elle et voilà pourquoi elle doit disparaître. À n’importe quel prix.

Et elle a bien failli disparaître en 1991 quand elle perdue
  • 1/5ème de son territoire et plus de 30 millions de ses concitoyens qui sont aujourd’hui,
    • Kazakhes, Kirghizes, Ouzbèks ou Tadjiks.
  • Elle a failli mourir aussi durant ces années 90 où elle fut pillée et saccagée ignominieusement par des prédateurs travaillant en étroite relation avec la finance anglo-saxonne.

russie ilya-glazunov-the-mystery-of-the-twentieth-century-1990-e1268328958658  The Mystery of the Twentieth Century (Ilya Glazunov, 1990)

russie peintre Ilya Glazounov devint célèbre pendant la période de la perestroïka avec ses toiles troublantes et patriotiques.2006-__  ILYA SERGUEÏEVITCH GLAZOUNOV (EN RUSSE : ИЛЬЯ́ СЕРГЕ́ЕВИЧ ГЛАЗУНО́В), NÉ LE  À LÉNINGRAD ET MORT LE , EST UN PEINTRE SOVIÉTIQUE PUIS RUSSE. HTTPS://FR.WIKIPEDIA.ORG/WIKI/ILYA_GLAZOUNOV

Pour ceux qui voudraient un dessin explicite, je leur conseille de visiter l’académie Glazounov à Moscou où au 1er étage se trouve un immense tableau de cet illustre peintre et résumant parfaitement le martyre que subit la Russie durant ces années terribles.

Oui, je pense également que la fin de l’Union soviétique a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle car elle a permis à l’occident d’avancer jusqu’aux frontières de la Russie et même de mettre la main sur son cœur historique, la Rus’ de Kiev.

À ce stade, que peut faire la Russie pour inverser le processus et mettre un terme à l’hégémonie totale de ceux qui veulent prendre en main les destinées du monde, car tout bien pesé, c’est bien de cela dont il s’agit : unipolaire ou multipolaire le monde de demain devra choisir et dans ce contexte d’antagonisme absolu, que pourra faire la Russie ?

Et tout d’abord…

russie éternelle RUSCT040_moscou-place-rouge-circuits-russie-tui   Russie éternelle ..

2/ Que veut faire la Russie ?

Il peut paraître présomptueux, surtout ici, devant des citoyens russes, de poser cette question, mais si l’on se souvient de ce que disait Churchill lui-même à ce sujet, à savoir que

« la Russie était un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme »,

il n’est peut-être pas inutile d’ouvrir la matriochka pour essayer de voir ce qu’il y a dedans.

Je crois que la Russie a un rôle essentiel à jouer dans les années qui viennent pour restaurer un équilibre dans le monde mais c’est un message qui est difficile à faire passer car le tempérament russe est assurément peu porté à l’universel, du moins tel que le conçoivent les Français ou les Anglo-Saxons.

Pourtant la Russie a déjà par deux fois dans son existence, proclamé sa vérité dans le monde.

  • La première fois, c’était au nom de la Sainte Alliance quand le Tsar Alexandre 1er tentait d’élever une digue contre les idées destructrices de la Révolution française.
  • La deuxième fois, et c’est un paradoxe, c’est au nom des idéaux de cette même Révolution française que les bolcheviques répandront sur la terre l’idéal prolétarien.

On voit se dessiner en Russie, depuis le début des années 2000 une vision du monde multipolaire et qui semble vouloir s’afficher comme une altérité à l’idéologie occidentale.

russie vladimir poutine 2016-08-02-poutine-17Vladimir Poutine

Pour bien comprendre la réorientation de la Russie en ce début de XXIème siècle, il faut relire le discours fondamental de Vladimir Poutine à Munich en février 2007

[https://sansapriori.net/2017/04/08/1727-discours-de-vladimir-poutine-prononce-le-10-fevrier-2007-a-la-conference-de-munich-sur-la-securite-texte-integral/ ]

qui entend mettre un terme à l’unipolarité anglo-saxonne et qui réaffirme une certaine conception westphalienne d’équilibre du monde.

Voilà ce que déclarait le Président de la Fédération de Russie :

« J’estime que le monde unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (…) manquera de ressources militaro-politiques et économiques, mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine ».

Dans ce discours, Vladimir Poutine remettait également en cause la prétendue primauté du droit étasunien sur le droit international et dénonçait la volonté des États-Unis d’empiéter dans les domaines réservés des autres États, notamment à travers la sphère juridique.

Mais contester le modèle occidental en lui opposant la multipolarité – qui n’est qu’un concept creux – n’est pas suffisant.

Tant que l’économie et les institutions russes fonctionneront avec le moteur occidental de l’idéologie libérale, la Russie sera confrontée à une contradiction interne qui sera mortelle à terme.

À l’idéologie des droits de l’homme, il faut opposer la primauté du droit des peuples.

Au libéralisme égoïste et destructeur qui ne favorise que l’oligarchie mondiale, il faut opposer l’interventionnisme de l’État souverain protecteur des plus faibles.

À la permissivité sans limite et à la destruction des valeurs fondamentales des sociétés humaines, il faut opposer la protection de la famille et des valeurs traditionnelles, y compris religieuses.

Ces quelques exemples montrent bien que la nature de la guerre totale qui oppose aujourd’hui l’occident à la Russie est bien culturelle et idéologique avant d’être militaire et je redoute fort que les conflits chauds ou tièdes comme ceux de Syrie ou du Donbass et dans lesquels les Anglo-Saxons entraînent la Russie aujourd’hui, ne soient que des leurres pour dissimuler le cheval de Troie que jour après jour les occidentaux mettent en place dans tout l’espace de la CEI.

france philosophe Jean-Michel Vernochet ob_7a2e34_url  Jean-Michel Vernochet

Nous étions en Arménie la semaine dernière avec mon ami Jean-Michel Vernochetpour une série de conférences et de rencontres et nous avons pu mesurer la réalité de la présence étasunienne dans ce pays ex-soviétique où ils ont installé leur deuxième plus grande ambassade dans le monde aux confins de la Caspienne, de la Mer Noire et de la Méditerranée :

  • pas un programme culturel ou archéologique sans la présence du logo « USAID »,
  • pas un café qui n’arbore fièrement le sigle Coca-Cola
  • et jusqu’à la Bibliothèque nationale d’Arménie qui abrite en son sein un« American Corner » où sont diffusées, entre autres, les œuvres de M. Brzezinski et de l’amiral Mahan.
  • Même les Chinois sont présents à Erevan avec leur programme « China Aid ».
  • Nous n’y avons pas vu de programme « Russia Aid » et dans ce pays qui comptait 100% de russophones il y a un quart de siècle, les jeunes générations ne parlent plus que l’anglais et dans moins d’un siècle il n’y aura plus que quelques savants distingués qui parleront encore la langue de Pouchkine.

ukraine L_Ukraine dispose désormais d_une Eglise autocéphale indépendante, rompant ainsi avec sa tutelle russe vieille de 332 ans. Pour Moscou, une « ligne rouge a été franchie   Philarète, le patriarche de l’Église orthodoxe ukrainienne.© Efrem Lukatsky/AP/SIPA L’Ukraine dispose désormais d’une Eglise autocéphale indépendante, rompant ainsi avec sa tutelle russe vieille de 332 ans. Pour Moscou, une « ligne rouge a été franchie » https://www.lopinion.fr/edition/international/l-eglise-orthodoxe-ukrainienne-quitte-giron-moscou-165148

Plus grave encore que ce que je viens de vous décrire en Arménie, est la reconnaissance de l’Église autocéphale d’Ukraine la semaine dernière par le patriarcat de Constantinople.

Il s’agit là encore d’une catastrophe géopolitique ou géoreligieuse majeure pour le monde slave. À quoi sert de vaincre militairement le terrorisme manipulé par l’occident en Syrie quand le monde orthodoxe est menacé d’un schisme majeur ?

Je voudrais achever cette intervention en formulant le vœu que la Russie retrouve sa place, toute sa place dans le monde, notamment en reprenant la tête de file des pays non-alignés afin que se dresse contre la maladie occidentale une alliance de pays libres et souverains.

charte-la-havane 1948  LA CHARTE DE LA HAVANE A ÉTÉ NÉGOCIÉE AU SORTIR DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE. CETTE CHARTE PRÉVOYAIT LA CRÉATION D’UNE ORGANISATION INTERNATIONALE DU COMMERCE (OIC) TOTALEMENT INTÉGRÉE À L’ONU. CETTE CHARTE EST SIGNÉE LE  MAIS ELLE N’EST PAS RATIFIÉE PAR LE SÉNAT AMÉRICAIN (CHANGEMENT DE MAJORITÉ ENTRE-TEMPS)

La Russie pourrait proposer de remettre à jour la Charte de La Havane de 1948 et d’y entraîner tous les peuples qui veulent sortir de la spirale mortifère de l’idéologie anglo-saxonne.

Quelques pays en Europe et dans le monde semblent aujourd’hui se réveiller et être prêts à sortir de l’état de vassalité et d’esclavage dans lequel ils sont plongés.

La Russie non seulement s’honorerait à les y aider, mais ce faisant, j’en suis persuadé, elle se sauverait elle-même.


SOURCE/http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/russie-quelle-vision-politique-pour-la-russie-au-xxieme-siecle/


4/ —  La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique

FRANCE Valérie BUGAULT, Docteur en droit privé de l_Université Panthéon Sorbonne, ancienne avocate fiscaliste. Analyste de géopolitique économique           Valérie BUGAULT, Docteur en droit privé de l’Université Panthéon Sorbonne, ancienne avocate fiscaliste. Analyste de géopolitique économique

Je suis interpellée et retenue par la question des banques centrales. Bien qu’étant éminemment de nature géopolitique, cette question est un sujet trop peu souvent abordé eut égard à ses enjeux ; car elle est à l’origine d’un nombre considérable de désordres politiques, économiques, sociaux et militaires.

Je vous propose d’analyser le concept de « banque centrale »avant de répondre à la question de savoir si ce concept est ou non compatible avec la souveraineté étatique.

  1. Analyse du concept de « banque centrale »

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CARROLL QUIGLEY EST UN HISTORIEN AMÉRICAIN ET PROFESSEUR D’HISTOIRE À L’UNIVERSITÉ DE GEORGETOWN DE 1941 À 1976 –  NÉ LE 9 NOVEMBRE 1910, À BOSTON, MASSACHUSETTS, ÉTATS-UNIS – DATE ET LIEU DE DÉCÈS : 3 JANVIER 1977, WASHINGTON, ÉTATS-UNIS – ENSEIGNEMENT : UNIVERSITÉ HARVARD

Caroll Quigley a justement présenté les choses de la façon suivante :

« Les puissances du capitalisme financier (1850-1932) avaient un plan de grande envergure, rien de moins que de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. »
Au fil du temps, le système bancaire s’est intégré à différents niveaux : il s’est internationalisé et concentré dans le même temps qu’il s’est consolidé par « zone géographique » au moyen des« banques centrales ».

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La banque est une entreprise privée de visée internationale.

La banque est une organisation détenue par des personnes privées qui restent, le plus souvent, anonymes. Dire que la banque est une entreprise privée signifie qu’elle a pour mission de mettre en œuvre les intérêts privés de ses propriétaires. En tant qu’entreprise privée, théoriquement la banque n’a jamais eu pour mission de remplir une fonction, de nature politique, concernant l’intérêt commun.

Les choses doivent être, eu cet égard, parfaitement claires.

Aujourd’hui, les banques sont organisées en groupes d’entreprises qui forment un nuage capitalistique.

L’organisation des multinationales sous forme de groupes, de constellations capitalistiques, est un moyen essentiel, pour rendre anonymes les véritables détenteurs de capitaux de ces entités tentaculaires. Il est parfois très difficile, même pour des services d’État, de remonter aux associés décisionnaires des groupes d’entreprises en raison du nombre de sociétés, de leur imbrication dans de multiples États et de la multiplicité des formes sociales juridiquement disponibles. Il faut évidemment ajouter à cela que certains États, sous la coupe du droit anglo-saxon, organisent eux-mêmes l’anonymat des détenteurs de capitaux de certaines structures juridiques utilisées à des fins professionnelles, telles les trusts anonymes.

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La pratique des groupes d’entreprises permet aux détenteurs actifs des capitaux de prendre, au niveau mondial, un poids économique et politique de plus en plus important tout en restant dans l’ombre, c’est-à-dire à l’abri de toute responsabilité politique.

S’agissant du poids respectif des banques par rapport à celui des États, nous pourrions citer l’exemple de BNP-Paribas dont le bilan officiel s’élève, pour 2017, à 1960 milliards d’euros à comparer avec le PIB de la France pour la même période qui s’élève à 2163 milliards d’euros.

Néanmoins, les chiffres officiels des revenus d’exploitation des banques ne sont pas significatifs car ils font l’objet de trop nombreuses manipulations liées à l’existence d’une opacité juridique et comptable internationale d’ordre systémique :

  • –   la présence de trop nombreuses filiales dans les paradis fiscaux qui ne font pas apparaître les donneurs d’ordre (sur le modèle des trusts anonymes),
  • –   l’organisation en groupes d’entreprises permettant, via le commerce intra-groupe, l’optimisation fiscale,
  • –   les manipulations consistant à faire passer une partie des actifs en « hors bilan », ainsi que …
  • –   la quasi-liberté d’évaluation comptable des actifs (le « fair value », autrement dit « juste prix ») imposée par la comptabilité IFRS qui sévit au niveau international
ont pour conséquence que les résultats financiers de ces groupes présentés au public n’ont aucune  valeur réelle et ne permettent pas de se faire une idée correcte de la véritable puissance capitalistique des conglomérats bancaires.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rapport de force entre les banques et les États ne se situent pas seulement au niveau capitalistique, il passe également par :

  • –   la participation de certaines banques, par le biais de leur donneur d’ordre effectifs, à la détermination des normes comptables et bancaires internationales,
  • –   les liens économiques, juridiques et parfois humains qui existent entre les propriétaires de certaines banques et les groupes industriels exploités sous forme de cartel (de façon officielle ou officieuse).

Il faut aussi préciser que ce sont les grandes banques, prioritairement celles opérant à la City, qui ont organisé le réseau des paradis fiscaux fondé sur les trusts anonymes. Ce réseau est juridiquement supervisé par les grandes firmes anglo-saxonnes d’audit et de droit, les fameuses « Big Four ».

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Ainsi, les capitaux cachés dans les paradis fiscaux sont sous l’entier contrôle des grandes banques d’affaires internationales. Non seulement ces réseaux opaques servent à collecter tout type d’argent (évasion, optimisation et argent sale) mais surtout ils permettent aux banques qui y siègent d’utiliser cet argent comme bon leur semble, aucune règlementation ne venant entraver leurs « activités ».

Le système établi par les banquiers s’est consolidé au niveau de chaque État, ainsi que par zone géographique, au moyen des banques centrales afin de centraliser la gestion des monnaies.

Historiquement, sur le territoire de chaque État, les propriétaires des banques privées les plus importantes se sont associés pour créer une « banque centrale ». Il en a résulté que l’affectation des ressources monétaires est devenue un monopole des banquiers privés coalisés, lesquels détiennent le monopole de l’affectation des ressources monétaires.

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L’idée d’une banque centrale a été vendue par les banquiers aux « autorités politiques » par les « services » qui seraient rendus à l’État par cette « centralisation monétaire ». Dès lors, les États se sont portés garants des capitaux privés investis dans ces « banques centrales ».

  • La banque d’Angleterre (1694),
  • la Banque de France (1800),
  • la Fed (1913),
  • la Banque des Règlements Internationaux (BRI/BIS 1930),
  • le Système Européen de Banques Centrales (décidé en 1992 et entré en vigueur en 1999),
  • la Banque Centrale de la Fédération de Russie (1990) reflètent tous un désengagement des instances politiques de L’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

La nuance trompeuse entre « gestion monétaire » et « gestion politique » est maintenant définitivement actée par les institutions. Or, puisque le monopole monétaire est détenu par des intérêts privés, la monnaie ne peut, structurellement, plus remplir son rôle de facilitation des échanges, rôle qui est pourtant à l’origine même de sa création.

Dès que l’on tente de questionner la pertinence de « l’indépendance » des « banques centrales »vis-à-vis des « gouvernements », la plupart des interlocuteurs vous renvoient aux conséquences de la « planche à billets » de Weimar.
Toutefois, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même très largement sous domination capitalistique.
Par ailleurs, depuis Weimar, les banquiers eux-mêmes ont été officiellement assez créatifs pour remplacer la méchante « planche à billets » par le « Quantitative Easing », qui entraîne une stagflation, dont les résultats sont bien plus satisfaisants pour les banquiers que l’inflation, leur permettant même d’accroître encore leur accaparement.

 

eco Dessine-moi l'éco qu'est-ce que le « quantitative easing » 5lmmms-HC  de / https://www.lemonde.fr/economie/video/2015/02/27/dessine-moi-l-eco-qu-est-ce-que-le-quantitative-easing_4584540_3234.html

Certains rétorquerons que certaines banques centrales, telle que la banque de France, ont été « nationalisée », mais là encore, il faut s’entendre sur les termes :

que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État dont les moyens d’actions dépendent entièrement du bon vouloir des banques et des marchés, c’est-à-dire des principaux propriétaires de capitaux… ?

Au vu de l’évolution du rapport de force entre banques et États, la véritable question qui doit aujourd’hui être posée et publiquement débattue est la suivante … 

les États sont-ils encore des entités juridiques indépendantes de leurs banques ?

Nous allons voir les conditions dans lesquelles quelques-unes des plus grandes banques centrales sont nées et évoluent.

 

La Banque de France

Mensongèrement présentée comme « intimement liée à l’histoire de la Nation », la Banque de France a été conçue, comme toutes les « banques centrales », comme une entreprise capitalistique détenue par des personnes privées.

banquier, Jean-Frédéric Perrégaux 200px-Jean-Frédéric_PerrégauxL’idée de sa création a été susurrée au premier consul Bonaparte, lui-même alors principal actionnaire, par un banquier, Jean-Frédéric Perrégaux lui-même Régent de cette banque.

La fiche Wikipédia du banquier Perrégaux fait référence à ses liens avec d’autres banquiers de l’époque dans les termes suivants : « Jean Frédéric Perrégaux, … né en 1716, … a fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse où il apprend l’allemand, à Amsterdam et à Londres, puis il s’installe à Paris en 1765 où il travaille pour Jacques Necker et fréquente le salon de l’hôtel Thellusson (tenue par la veuve du banquier genevois Georges-Tobie de Thellusson, actionnaire de la Banque Girardot).

En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud, banquier financier britannique d’origine suisse, il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens ».

Federal Reserve

fed 300px-FEDstealingLa Federal Reserve américaine (Fed) est née sous les mêmes auspices d’une banque privée présentée comme une banque publique, à l’initiative de banquiers.

Créée à l’occasion d’une petite coterie composée de banquiers influents et d’hommes politiques à leur solde, on retrouve, à l’initiative de la Fed (sur l’île de Jekyll Island) :

  • le sénateur Aldrich (qui entretenait des relations d’affaires avec J-P Morgan lequel était le beau-père de John D. Rockefeller fils),
  • Abraham Piat Andrews (secrétaire assistant du Trésor américain, homme politique qui fut tout au long de sa carrière très influents dans les milieux bancaires),
  • Frank Vanderlip (président de la National Bank of New-York, plus puissante banque américaine qui représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d’investissement internationale Kuhn & Loeb and Company),
  • Henry Davison (principal associé de J-P Morgan Company),
  • Charles Norton (président de la First National Bank of New-York),
  • Benjamin Strong (directeur général de la J. P. Morgan’s Bankers Trust Company, qui en devint PDG trois ans plus tard),
  • et enfin Paul Warburg (allemand naturalisé américain, partenaire de la Kuhn & Loeb and Company, il représentait également la dynastie bancaire Rothschild en Angleterre et en France).

 

Banque centrale de la Fédération de Russie

Nous avons, en Occident, peu d’informations disponibles sur la première banque centrale Russe (Banque d’État de l’empire Russe), créée le 31 mai 1860 par Ukase du tsar Alexandre II, et dont la mission semblait être d’accorder des prêts à court terme aux entreprises russes. Nous avons également assez peu d’informations sur la Banque d’État de l’URSS.

russie la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 330px-Moscow,_Neglinnaya_12,_Central_BankEn revanche, nous disposons de davantage d’informations sur la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 à partir de la Banque de la République de Russie, émanation de la Banque d’État d’URSS. Cette banque fonctionne sur le modèle des banques centrales occidentales, elle :

  • est le « régulateur du système bancaire russe »,
  • octroie des licences aux opérateurs bancaires,
  • définit les principes de gestion et les normes comptables applicables au secteur bancaire russe,
  • est prêteur de dernier recours des établissements financiers russes,
  • est responsable de la politique monétaire Russe, notamment par la fixation des taux d’intérêts interbancaires, sous la sérieuse réserve qu’elle
  • est membre à part entière de la BRI, chargée d’élaborer les politiques monétaires qui seront suivie par ses membres.

La BRI est une entité privée dont la moitié du capital appartient aux banques centrales d’Allemagned’Angleterre, de Belgique, de Franced’Italie et des États-Unis d’Amérique (ou tout autre établissement financier de ce dernier État).

Les gouverneurs de ces six banques centrales qui se partagent la direction de la BRI.

La Banque centrale de la Fédération de Russie semble, depuis sa création, suivre une politique monétaire constante consistant à limiter l’offre de monnaie disponible.

Cette politique monétaire a pour conséquence mécanique le fait que la Russie ne dispose pas d’une économie réellement indépendante, à la fois vis-à-vis de l’étranger et vis-à-vis de ses matières premières.
Le 14 septembre 2018, la Banque Centrale vient une fois de plus de relever son taux directeur d’un quart de point pour le fixer à 7,5%.

Cette politique monétaire restrictive est la raison précise pour laquelle la Russie n’arrive pas à devenir un réel acteur économique de poids à l’échelle mondiale.

banque chine imagesRappelons que la Chine n’est devenue la puissance économique que nous constatons aujourd’hui qu’en raison du fait que les conglomérats financiers anglo-saxons lui avaient procuré les capacités de financement nécessaire en investissant massivement sur son territoire.

Aujourd’hui, les capacités économiques acquises par la Chine lui permettent d’envisager de devenir son propre acteur économique et financier.

La situation en occident est exactement inverse à celle que connaît la Russie.

La stratégie occidentale des banquiers consiste à fournir une profusion de liquidité via des prêts, ce qui a pour effet direct la création d’énormes bulles sur les actifs ; bulles destinées à éclater en appauvrissant les classes moyennes.

Le résultat de ce désastre économique est une augmentation de la concentration des richesses dans les mains de ceux qui ont organisé lesdites bulles.

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La politique monétaire appliquée par différentes banques centrales membres de la BRI s’inscrit dans le cadre du changement de paradigme monétaire international voulu par les grands banquiers :

le passage du dollar aux DTS en tant que monnaie mondiale.

  • L’appauvrissement économique des uns (occident mené par les USA),

  • la stagnation économique des autres (Russie)

  • et l’enrichissements économique des troisièmes (Chine)

a pour objectif de faire piloter et contrôler par les banquiers à la manœuvre le pourcentage de DTS qui sera in fine détenu par les différentes régions du monde.

À ce propos, permettez-moi d’ajouter que la guerre économique menée actuellement par le président Trump s’inscrit parfaitement dans la démarche stratégique des banquiers centraux consistant à rééquilibrer les différentes zones géographiques : il s’agit surtout de réduire la puissance économique américaine afin que celle-ci ne prenne pas trop de poids dans le panier de monnaies composant les DTS.

BRI/BIS

Il est intéressant de connaître les conditions de la naissance de la BRI, officialisée à l’occasion du plan Young de 1930. Cette « banque » est la traduction institutionnelle d’un plan élaboré par un conglomérat d’intérêts bancaires et financiers.

USA John Foster Dulles 79810-004-08CF99E7En 1920, John Foster Dulles (1888 – 1959 ; qui deviendra secrétaire d’État), représentant les intérêts de la Banque d’Angleterre et de J-P Morgan dans l’Europe d’après-guerre, rencontre

 

 

 

 

ALLEMAGNE Hjalmar Schacht 9616838_1Hjalmar Schacht (1877-1970) alors fonctionnaire subalterne auprès de l’autorité bancaire allemande créée par les alliés. En mars 1922, Schacht fait part à John Foster Dulles d’un nouveau système financier international permettant de financer l’Allemagne.

=> Citons Schacht :

« Mon idée est que ce ne soit pas un emprunt d’Etat, mais un emprunt de compagnies privées. Je veux former, disons, quatre compagnies privées allemandes, et à chacune d’entre elles, le gouvernement allemand devra accorder le monopole des exportations en gros de produits tels que le charbon, la potasse, le sucre et le ciment. Chacune de ces compagnies contrôlera l’exportation d’un de ces produits. Le monopole devra être accordé pour 20 ans. Les producteurs nationaux devront leur remettre leur production. (…) Ces sociétés émettront des emprunts d’un montant total de 5 milliards de marks-or. (…) Comme le total des exportations des quatre peut être estimé à 500 millions de marks-or, le montant de l’emprunt sera remboursé en 10 ans. (…) L’emprunt que je propose (…) n’est basé sur aucun traité politique. (…) Le remboursement sera sous le contrôle, tout d’abord, d’industriels et d’hommes d’affaires appartenant aux rangs les plus élevés. »

Dulles fait suivre la lettre à Thomas Lamont, un associé de J.P. Morgan.

Ce plan Schacht-Dulles-Morgan sera mis en œuvre au cours des années qui suivent. Ainsi, ce qui deviendra la BRI est à l’origine des cartels internationaux basés en Allemagne et dirigés par les Britanniques, qui furent créés dans les années 20.

Schacht lui-même sera nommé Commissaire à la monnaie nationale allemande en novembre 1923, et un mois plus tard, président de la Reichsbank.

Depuis 1919, John Foster Dulles était l’avocat de Richard Merton, fondateur du plus important de ces cartels, l’Interessen Gemeinschaft Farben (IG Farben). En 1924, il est choisi par J.P.Morgan pour mettre en œuvre le plan Dawes prévoyant la réorganisation, dans le cadre de négociations avec Schacht, du versement des réparations de guerre, qui seront ainsi définitivement liquidées. En 1926, John Foster Dulles deviendra directeur exécutif de Sullivan and Cromwell, le cabinet d’avocats de tous les cartels.

De 1926 à 1929, le plan Schacht-Dulles-Morgan débouche sur une série d’arrangements impliquant nombre des plus grandes sociétés britanniques, américaines et allemandes.

Les deux principaux cartels sont le trust chimique IG Farben et le Cartel international de l’Acier ; ces deux cartels ont bénéficié de prêts étrangers d’un montant de 800 millions de dollars accordés dans le cadre du plan Dawes. Ces prêts ont été gérés aux trois-quarts par trois firmes de Wall Street : Dillon, Read & Co ; Harris, Forbes & Co ; et National City.

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L’extrême imbrication des banques dans la création et la structuration des cartels, véritables conglomérats économiques

La genèse tant des grandes firmes américaines du début du XXème siècle (pétrole, rails…) que de la BRI laissent apparaître l’extrême imbrication des grandes banques d’affaires dans la création de cartels ; cette création a favorisé la discrète mais très efficace prise du pouvoir politique par le« fait économique ». Ce phénomène de prise de contrôle politique par les détenteurs du « fait économique » n’a pu se réaliser qu’à la faveur de l’anonymat des capitaux, lequel a permis la rupture entre pouvoir et responsabilité politique.
Je voudrais ajouter un élément ontologique fondamental : alors que le « fait politique » est historiquement issu de sociétés sédentaires, le « fait économique », et l’anonymat des capitauxqui le véhicule, relève fondamentalement du fonctionnement de sociétés nomades. La lutte actuelle entre « fait politique » et « fait économique » est, de façon structurelle, un conflit entre« Société sédentaire » et « Société nomade ».

Cartel IG Farben : historique

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L’histoire du cartel IG Farben est très intéressante, on y trouve une très étroite imbrication des intérêts allemand et anglo-saxon. Ce cartel est associé à « l’ordre économique nouveau », ancêtre du « Nouvel Ordre Mondial », déjà recherché par l’Allemagne nazie.
En 1925, IG Farben regroupe six des plus gros producteurs chimiques allemands. En août 1927, Standard Oil conclura avec lui un programme conjoint de recherche et développement sur l’hydrogénation (production d’essence à partir du charbon), procédé découvert par un chercheur allemand en 1909.
En 1928, Henry Ford fusionnera ses actifs allemands avec ceux d’IG Farben. Le 9 novembre 1929, un cartel pétrochimique international sera créé suite au mariage d’IG Farben avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont. L’accord entre Standard Oil et IG Farben constitue le pilier du cartel.

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben a passé des accords de cartel avec 2000 sociétés dans le monde, dont Ford Motor Co., Alcoa, General Motors, Texaco et Procter et Gamble etc.

IG Farben a été dissoute par décret en 1950 et démantelée en 12 entités dont les principales sont : Bayer, BASF, Agfa, Hoechst etDynamit Nobel…

Notons que BASF, Bayer et Agfa composaient, à la fin de la 1ère GM, la « petite IG » qui avait fusionné avec Hoechst et 2 autres sociétés pour faciliter et accélérer le retour d’IG Farben sur la scène mondiale.

Avant et après les guerres, on retrouve finalement toujours les mêmes…

IG Farben a donc été démantelé au profit des entités qui s’étaient alliées pour sa création… Une sorte de « démantèlement pour rire », un simili démantèlement destiné à calmer le public et les quelques personnes opposées aux cartels.

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Bayer et IG Farben étaient étroitement impliquées du point de vue capitalistique, Bayer étant une filiale d’IG Farben. Or, Bayer a notamment été condamnée pour « faits d’armes » d’avoir utilisées des cobayes humains trouvés dans les camps de concentration pour faire in vivo des expériences médicales, d’ailleurs les camps de concentration eux-mêmes étaient des sites industriels appartenant aux géants pharmaco-chimiques de l’époque.
Plus récemment, chacun se souviendra que la même Bayer a, en 2016, racheté Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros). Monsanto avait, notamment commercialisé l’Agent Orange, dont l’herbicide connu sous la marque « Roundup » est un dérivé ; « l’agent orange » est à l’origine du concept de tératologie utilisée comme arme de guerre.

ALLEMAGNE Bayer a, en 2016, racheté Monsanto index

Aujourd’hui, Monsanto et les autres firmes pharmaco-chimiques sont très investies dans la commercialisation des produits OGM. Pour contourner et anticiper les futures règlementations en la matière, ces firmes se mobilisent aujourd’hui sur les recherches concernant les ARN messagers, qui sont des copies transitoires d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. Il s’agira de diffuser non plus des OGM mais des ARN Messagers permettant de modifier la substance vitale des plantes.

Ces dynasties capitalistiques, soutenues par les banques, ne sont jamais à court ni d’argent ni d’idées pour expérimenter de nouveaux procédés toxiques en grandeur nature sans aucun garde-fou. Aucune règlementation ne peut être opposée à ces conglomérats, par des États structurellement mis en position d’inféodation économique et juridique par des organismes supranationaux tels que les instances européennes, l’OMC, l’OCDE….

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Cartel de l’acier : à l’origine du projet États-Unis d’Europe et de ce qui deviendra les institutions de l’actuelle Union Européenne

En 1926le Cartel international de l’Acier ouvre ses bureaux au Luxembourg. Il servira de véritable « gendarme privé » du commerce mondial de l’acier de 1926 à 1939. Sa composante allemande regroupe les quatre plus gros producteurs d’acier nationaux.
Ce groupe recevra 100 millions de dollars de la part d’investisseurs privés aux États-Unis.
Dillon, Read & Co., la société de placement new-yorkaise s’est occupée de l’émission des obligations.
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Lors de la signature du premier accord international, le 30 septembre 1926, tous les sponsors du cartel se vantent de ce que le premier pas vers la formation « des États-Unis économiques de l’Europe » vient d’être franchi.

Douze ans plus tard (1938), près de 90 % du fer et de l’acier commercialisé au niveau international est sous le contrôle du Cartel de l’Acier. Outre l’Allemagne qui le dirige, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Royaume Uni et les États-Unis en font partie, même s’il est interdit aux compagnies américaines, U.S. Steel, Bethlehem et Republic, de signer les accords formels, sous peine de violer les lois anti-trust américaines.

 

ALLEMAGNE osram_logo_458En 1919, trois producteurs allemands de lampes électriques (Siemens & Halske, AEG et Auergesellschaft),avaient formé une nouvelle société dénommée Osram,pour tenter de regagner les biens et les marchés perdus à l’étranger. AEG était en grande partie contrôlé par General Electric et des liens similaires existaient entre toutes les autres entreprises du même genre en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis.
En 1924, afin de prévenir toute concurrence extérieure, Osram propose la création en Suisse d’une société dénommée Phoebus, qui appartiendrait à toutes les compagnies du cartel et serait dirigée conjointement par elles. En juillet 1929, Osram et la filiale de General Electric pour l’étranger, International General Electric, créent un « partenariat pour tout temps ». À partir de 1929, les relations entre Osram et International General Electric se développeront suivant le même modèle que celles entre IG Farben et ses partenaires étrangers.

Pendant les années 20, quatre cinquièmes de l’industrie allemande étaient encore regroupés dans des cartels.

Le cartel de la métallurgie étant à l’origine des institutions européennes, qui a débuté avec le Traité CECA, il ne faut pas s’étonner que les instances bureaucratiques de l’Union dite Européenne cherchent à sauver les institutions jumelles de l’OMC qui œuvrent à imposer et pérenniser le libre-échange au niveau mondial.

 

  1. En réponse à la question

QUI EST >>

Je vous propose d’analyser le concept de « banque centrale » avant de répondre à la question de savoir si ce concept est ou non compatible avec la souveraineté étatique.

On peut affirmer que l’État tel qu’actuellement conçu est entièrement dominé par le système bancaire, or « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » (Napoléon).
Sans les banques, les États n’ont aujourd’hui aucun moyen financier propre pour atteindre les objectifs étatiques qu’ils se fixent.

En abandonnant dans des mains privées sa fonction régalienne de battre monnaie, l’État s’est volontairement placé dans une position d’infériorité par rapport aux détenteurs du « fait économique ».

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Privé de toute substance politique, l’État est devenu un simple outil de pouvoir aux mains des banquiers anonymes. Le système financier mondial est aujourd’hui piloté par les principaux banquiers qui œuvrent à la City, qui contrôlent la grande majorité des banques centrales et des paradis fiscaux de la planète.
Entre les mains des banquiers, la monnaie est devenue un bien matériel qu’ils ont accaparé. Largement considérée comme un simple « actif », la monnaie a perdu sa valeur comptable neutre « d’actif-passif ». En falsifiant le concept juridique et comptable de monnaie, les banquiers ont pu corrompre les systèmes politiques, et les hommes qui les incarnent, de façon à dominer le « fait politique ».
Cette appropriation du phénomène politique par les principaux propriétaires d’organismes bancaires s’est produite par le biais du contrôle intégral du phénomène économique par lesdits « banquiers » (propriétaires des grandes banques). Ce contrôle s’est réalisé par deux moyens principaux :
  1. le contrôle des monnaies, via les banques centrales,
  2. et l’anonymat des capitaux.
L’anonymat a permis aux banquiers d’organiser un accaparement discret des biens tangibles de cette terre, sans soulever la juste indignation que n’aurait pas manqué de faire une appropriation ouverte par quelques personnes, aussi violente eut elle été.
Le contrôle des masses monétaires en circulation a permis le contrôle, par corruption, du phénomène politique et le développement des moyens légaux d’appropriation discrète des biens. C’est ainsi que les États ont eux-mêmes organisé l’anonymat des capitaux qui permet aux propriétaires contrôlant les grandes banques de rester anonymes.

Ce « système intégré » (à la fois monétaire, économique et politique) favorise et rend possible le phénomène d’accaparement généralisé des biens par une combination de moyens légaux assumés (lobbying, optimisation fiscale, fusion-acquisition, jeux sur les taux d’intérêts directeurs…) et de moyens légaux détournés, qui relèvent d’un consensus international officieux, tels que les Paradis fiscaux.

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  • CONCLUSION

Il n’existe de pouvoir politique que monétairement souverain,

la présence des banques centrales est un empêchement diriment à l’exercice du « pouvoir »par des hommes « politiques ».
L’existence des banques centrales a pour effet mécanique de rendre obsolète le concept « politique ». Les hommes politiques et les États deviennent, par le fait des banques centrales, une simple émanation des intérêts catégoriels des grands banquiers qui règnent sans partage et sans contrepouvoirs sur le monde.

Les techniques de contrôle monétaire sont parfaitement rodées et mises en application par les grands banquiers au moyen des banques centrales qui ont-elles-mêmes organisé, au niveau mondial, leur anonymat et le secret de leurs affaires.

En contrôlant l’affectation des ressources monétaires, les banquiers décident réellement qui sera « riche » et qui sera « pauvre », aussi bien au niveau des individus et des entreprises (microéconomie), que des groupes socio-économiques, des États et même, plus largement, des zones géographiques (macroéconomie).
Dans ce contexte, la création de richesses devient artificielle, elle est pilotée par les banquiers etne remplit qu’un seul objectif : satisfaire leur insatiable soif de pouvoir et mener le monde vers un « gouvernement mondial » qu’ils contrôleront définitivement de façon absolue.

Le modèle de civilisation sédentaire cèdera alors définitivement la place au modèle nomade.

SOURCE/http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/la-presence-dune-banque-centrale-est-elle-compatible-avec-la-souverainete-etatique/

5/ —  Conclusions sur la nouvelle émergence de la Russie

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FRANCE Colonel Alain CORVEZ 5973809e488c7bd1218b4567  Colonel Alain CORVEZ

Colonel Alain CORVEZ

Il serait trop long de résumer toutes les interventions de ce colloque, tant elles ont été de grande qualité et richement documentées.

L’idée essentielle qui s’en dégage me semble être qu’il est grand temps de sortir de positions idéologiques quand on regarde la Russie, et de revenir au pragmatisme géopolitique qui doit marquer les relations internationales.

Les États dignes de ce nom défendent les intérêts de leurs citoyens et n’envisagent les mesures et les accords à signer avec l’étranger qu’à travers cette vérité implacable. Or toute analyse objective de nos relations avec la Russie affirme qu’elle est notre grande voisine européenne et que, plutôt que de l’ostraciser en la rejetant vers l’Asie, nous devons construire avec elle des coopérations profitables aux deux parties. Elle est une interlocutrice impérative des pays européens dans tous les domaines, et devrait l’être de l’Union Européenne.
Dans son introduction, le Ministre Conseiller de l’ambassade de Russie Artem Studennikov nous a lu et commenté le message de l’Ambassadeur Mechkov destiné à nos travaux : il est temps de cesser de considérer la Russie comme une ennemie de l’Europe, résultat d’une propagande éhontée des milieux réactionnaires des Etats-Unis et de l’Union Européenne.
Dans ses mots d’ouverture, le Président de l’Académie de géopolitique de Paris, Ali Rastbeenretrace judicieusement l’histoire récente pour montrer que la situation actuelle s’explique par la reddition sans guerre de l’Union Soviétique à partir de 1990 puis par l’attaque contre la Yougoslavie qui fut le déclencheur de la balkanisation, synonyme de désintégration des pays,sous l’impulsion des États-Unis, et  rappelle que la Russie comme membre du Conseil de Sécurité de l’ONU est acteur des crises internationales, de la Crimée à la Syrie, à la Turquie et Israël, en passant par la Libye et l’Afghanistan.

Les relations nouvelles de la Russie avec la Turquie font de cette dernière un pont entre l’Europe et l’Asie, Centrale puis l’Extrême-Orient.

Emmanuel Leroy montrera que la décadence morale de l’Occident renforce le rôle de phare de la civilisation que la Russie représente, défendant les valeurs fondamentales de l’humanité comme la famille, base de toute société, et les identités nationales que les migrations non contrôlées mettent en péril.  Il rappelle le discours de Vladimir Poutine à Munich en 2007 qui reste un moment d’anthologie pour expliquer l’émergence d’un monde multipolaire ou apolaire, la domination d’un seul sur les autres étant nuisible et d’ailleurs devenue impossible de ce fait. Gérard Conio à son tour insistera sur l’accrochage des Russes aux valeurs fondamentales de l’humanité, s’appuyant sur une civilisation chrétienne que l’UE veut nier. Citant Tchaadaïev, il dira que l’amour de la patrie n’est pas différent de l’amour de la vérité.
Je ne peux citer toutes les idées brillantes qui ont été présentées par des experts géopolitiques ou de la finance internationale, qui ont stigmatisé son rôle néfaste sur les valeurs fondamentales, dirigée par la City et Wall Street : la monnaie a perdu sa valeur neutre et impartiale, dira Valérie Bugault, et il n’existe de pouvoir politique réel que monétairement souverain.
Jean-Michel Vernochet a expliqué pourquoi les « menaces russes sur l’Europe » étaient une fiction inventée par les États-Unis pour maintenir l’UE dans la soumission.

Plusieurs ambassadeurs, professeurs, journalistes et experts internationaux de grandes qualités, s’appuyant souvent sur l’Histoire, ont illustré la nécessité de revenir aux réalités géopolitiques, de mettre un terme aux propagandes mensongères éhontées des médias, de comprendre que la Russie est désormais le pôle directeur d’une lutte réelle contre le terrorisme islamique, reconnue comme telle par l’ensemble des pays arabes dégagés de l’idéologie wahhabite. Son retour en Afrique a été présenté comme le résultat des erreurs des anciennes puissances coloniales, notamment de la France, à la demande d’états africains abandonnés à leur sort, et que la diplomatie russe, empreinte de finesse et de pragmatisme, séduit autant la Chine que la Turquie ou Israël.

FRANCE Jacques Myard,Ukraine-gardons-notre-calme-reclame-Jacques-MyardJacques Myard, 

La présence à ce colloque du Député honoraire Jacques Myard, était significative de la volonté d’une partie du monde politique de sortir des idées reçues sur la Russie, dénonçant les mensonges sur la réalité de la démocratie russe dont il a été observateur lors des dernières élections présidentielles en Crimée. Il considère que la Russie est un partenaire nécessaire à l’équilibre des relations de la France et de l’Union Européenneet d’ailleurs qu’il ne s’agit pas vraiment d’une réémergence car elle n’a jamais disparue de la scène internationale.

UE la Députée européenne Patricia Lalonde particia_lalondela Députée européenne Patricia Lalonde

Celle également de la Députée européenne Patricia Lalonde qui a, elle aussi, appelé à revenir au pragmatisme en ce qui concerne la Russie, regrettant l’absence de l’UE sur la scène internationale, notamment au Moyen-Orient et en Libye, rappelant les conséquences néfastes des sanctions pour les économies européennes, indiquant que les députés européens sont divisés sur ce sujet, notamment au sein de son groupe ADLE, et invitant le Parlement et la Commission à repenser les relations de l’UE avec la Russie, alors qu’elle signe des accords avec la Chine, en commençant par la libéralisation des visas pour les personnes et les sociétés. Elle souhaite le retour de la Russie dans le G 7 qui devrait redevenir le G8 mais remarque que c’est désormais dans le cadre du G20 que la Russie échange avec les autres puissances.

Pour achever ces conclusions je veux rappeler ce que le plus grand écrivain français, mais aussi le Ministre et diplomate François-René de Chateaubriand écrit dans ses « Mémoires d’outre-tombe » :

 » Il y a sympathie entre la Russie et la France ; la dernière a presque civilisé la première dans les classes élevées de la société ; elle lui a donné sa langue et ses mœurs. Placées aux deux extrémités de l’Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n’ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer ; elles n’ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (les Anglais et les Autrichiens) sont aussi les ennemis naturels de la France. »

Il voit tout de suite que la France et la Russie peuvent contrôler l’Europe, comme Napoléon l’avait compris à Tilsitt en 1807, lorsqu’il rêvait d’un « partage du monde » franco-russe :

« En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l’allié du cabinet de Saint-Pétersbourg, et rien ne peut bouger en Europe.   En temps de guerre, l’union des deux cabinets dictera ses lois au monde. »

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Et enfin ce que le visionnaire de Gaulle dit à l’Assemblée Consultative le 21 décembre 1944, à son retour de Russie et de la signature du Pacte d’alliance avec la Russie soviétique de Staline, alors que les Allemands ne sont pas encore chassés complètement de notre territoire :

« Pour la France et la Russie, être unies, c’est être fortes ; se trouver séparées, c’est se trouver en danger. »

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En vérité, il y a là comme un impératif catégorique de la géographie, de l’expérience et du bon sens. » (Discours et Messages)Le 30 juin 1966 à Moscou :

« l’entente, la détente, la coopération qui annoncent une nouvelle ère des relations internationales. »

AC 15/10/2018

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SOURCE/ http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/conclusions-sur-la-nouvelle-emergence-de-la-russie/

 

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